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Publié le 4 novembre 2016, par dans Non classé.

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Même quand son modèle est de l’autre côté de l’Atlantique, Marion utilise son super pouvoir et l’immortalise…

J’ai été et suis producteur et bassiste dans des groupes depuis des années et ça m’est très difficile de choisir ma chanson préférée de tous les temps.
« Started From The Bottom” de Drake serait gagnante, mais je digresse. La chanson qui signifie le plus de choses pour moi depuis les vingt dernières années serait “’Stay (Faraway so close)” de U2. Je crois qu’elle a été écrite pour la suite du film de Wim Wenders, Les Ailes du Désir, sur l’univers des anges, le fait qu’ils sont autour de nous. Un ange tombe si amoureux d’une femme dans un cirque qu’il est prêt à renoncer à ses ailes et se retrouve sur terre pour vivre auprès d’elle pour le reste de sa vie.
Je l’ai entendue pile au moment où ma vie changeait énormément. Je m’étais marié pour la première fois et je n’étais pas sûr d’avoir bien fait. J’avais des sentiments forts pour une autre personne (imaginez Mulder et Scully), mais je ne pouvais pas aller plus loin. C’était déchirant. Je voyageais dans le monde entier (enfin, je commençais), en France, en Angleterre, à travers les Etats-Unis, j’avais quitté Washington D.C. pour New York. Tout changeait et d’une certaine façon, je voulais juste m’allonger, écouter cette chanson et souhaiter que tout reste, comme dans le titre. J’étais prêt, mais…
C’est ce que ce morceau signifie pour moi. De la beauté pure, désirer quelqu’un si fort qu’on en a mal au ventre…

 
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La fille canon, c’est Eugénie et la fille derrière le Canon, c’est Marion Ruszniewski. Marion et la portraitiste Muriel Delepont exposent toujours leurs œuvres à la Galerie Stardust, 19 Rue Notre Dame de Nazareth, 75003 Paris jusqu’au 15 octobre. Je dis ça, hein…

S’il n’en reste qu’une, ce serait “More Than This” de Roxy Music. J’ai découvert Bryan Ferry quand j’étais gamine avec mes parents, à l’époque de “Slave To Love”… Et après, en vieillissant, je me suis refait toute la discographie de Roxy Music et “More Than This”, c’est vraiment une chanson dont je ne me lasse pas. Elle date de 1982, elle figure sur le dernier album qu’a sorti Roxy Music, mais elle est intemporelle, elle ne sonne pas du tout new wave, elle a un côté moderne et elle est vraiment associée à des moments heureux dans ma vie, des moments de fête. Il n’y a pas une soirée chez moi ou chez des amis quand j’ai accès à une platine où je ne la passe pas, parce qu’elle me fait partir sur une autre planète.

Sa structure est assez bizarre. Il y a une minute de partie instrumentale alors que c’est un single… D’ailleurs, c’est cette partie que je préfère. Cette dernière minute instrumentale avec le clavier qui pourrait sonner eighties, mais est moderne et intemporel.

Je sais que si un jour je devais me marier, ce serait sur cette chanson-là que je voudrais rentrer dans la mairie ou ouvrir le bal. C’est vraiment une chanson d’amour, elle a quelque chose de joyeux, d’un brin mélancolique – un brin seulement. Et Bryan Ferry a cette image glam rock, de personnage qui m’a fasciné quand j’étais plus jeune. Il continue d’ailleurs, malgré son côté vieux beau maintenant. Il reste un mec hyper classe. Je me souviens que les pochettes de Roxy Music me fascinaient, avec leur sophistication et ces nanas sorties de nulle part, tellement elles sont sublimes. C’était sophistiqué et un peu trash, aussi. C’est un groupe que j’adore en résumé…

 
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Publié le 23 septembre 2016, par dans Non classé.

Metro Verlaine

Charlie, la bouteille de Badoit (eh oui, petit scarabée, les rockers ne boivent pas que de la bière) et Arthur ont été saisis dans le feu de l’action par the ever wonderful Marion Ruszniewski. En ce moment, elle expose ses œuvres à la Galerie Stardust, 19 Rue Notre Dame de Nazareth, 75003 Paris. Allez-y, c’est canon !

Charlie
Je pense à une chanson que je pourrais écouter tous les matins, les après-midi et les soirs et me sentir bien et cool à chaque fois. Ce serait “Manish Boy” de Muddy Waters. Mon père me l’a fait découvrir, ainsi que Sonic Youth, Richard Hell, le jazz, le blues, le punk, c’est lui qui m’a fait écouter Marquee Moon. Je crois qu’il a toujours passé cette chanson, mais j’y ai prêté attention quand j’étais adolescent. Je ne sais pas pourquoi “Manish Boy” en particulier, mais elle est très cool, très sauvage, brute, pleine d’émotions. Dans cette forme primitive, elle transcende des morceaux qui ont plus d’instrumentation.

Arthur
S’il n’en reste qu’une, c’est “Michicant” de Bon Iver. J’ai découvert ce titre il y a quelques années, j’avais écouté son premier album qu’il avait fait tout seul. Et là, c’est sa deuxième expérience, il bosse en groupe pour la première fois, même s’il avait déjà arrangé plein de choses pour d’autres gens. C’est la première fois de ma vie que je me suis dit, ok, une chanson ça a plusieurs lectures… Enfin, celle-là m’a ouvert sur plein de trucs. On écoute d’abord la mélodie, ce qu’il se passe au premier plan et plus on l’écoute, plus on découvre de choses. C’est tri-dimensionnel. Je dois l’écouter quinze, vingt fois par semaine et j’y trouve toujours des petits détails, des petites conneries au fond. Il a une vraie habileté à amener des ambiances et une très grosse capacité à créer des mélodies. Je connaissais l’artiste, une amie me l’avait fait découvrir et j’ai tout de suite adhéré. Il n’y a aucun mauvais moment pour écouter Bon Iver… Je ne m’en lasserai probablement jamais. Il y a quelque chose d’un peu magique avec ce mec.

 
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Metro Verlaine

Une fois n’est pas coutume, c’est un groupe au complet qui nous a parlé de sa chanson fétiche ultime préférée de tous les temps pour l’éternité. Mais ce qui ne change pas, c’est Marion derrière l’appareil photo. De gauche à droite, Romain, Raphaëlle, Axel et Joe.

Romain
Ce serait une reprise live de “Let’s Get It On” de Marvin Gaye par Maceo Parker. J’ai un parcours musical assez varié. En tant que bassiste, je suis arrivé dans la musique avec la funk-soul et j’ai découvert petit à petit le rock’n’roll. Mais j’ai vraiment grandi et appris la basse avec tout ce qui groove et est vraiment funky. Je ne sais pas vraiment comment j’ai découvert ce morceau, ce devait être dans tous ces échanges avec ces zicos à l’époque où on se retrouvait à jammer la nuit. J’ai vraiment été inspiré par les grands techniciens, genre Victor Wooten, Marcus Miller, etc., sans dire que j’en écouterais tout le temps. Et j’en suis venu à Maceo Parker… Sur cette version live, il joue avec Fred Wesley au trombone et est entouré d’une sacrée équipe de musiciens. La chanson a déjà ce côté sexy, mais dans cette reprise, il n’y a pas de chant. C’est Maceo qui chante avec son saxophone. C’est sax ténor, sax baryton, basse, trombone, guitare, claviers et batterie, ça se complète, tu te laisses juste porter par cette sensualité et ce groove. Et ça me plaît pas mal.

Raphaëlle
Ce serait “Ain’t Got No, I Got Life” de Nina Simone. J’écoute beaucoup de soul, mais cette chanson-là me touche particulièrement compte tenu du contexte politique. La voix de Nina Simone me touche aussi, ainsi que toute sa carrière, ce style qu’elle a inventé, car pour moi, elle a inventé quelque chose. J’ai lu une biographie et en tombant sur ce passage qui parle du début de son engagement avec les Black Panthers, j’ai voulu l’écouter ce titre. Je le mets quand je déprime, quand je suis en voiture et que je pense à autre chose… Je la chante aussi. Je n’ai pas pensé à la reprendre sur scène, je n’en ai pas envie, je vais la laisser où elle est, elle y est très bien…

Axel
S’il n’en restait qu’une, ce serait “Boys Don’t Cry” de Cure. J’ai longuement hésité, mais je me suis rendu compte que ce serait la chanson pop parfaite à mes yeux, celle qui pourrait nous faire danser, pleurer, être heureux ou juste que je pourrais foutre dans ma bagnole. Et c’est la chanson la plus décalée de Cure, mon groupe préféré. Elle n’est ni sombre, ni trop axée sur la voix et complètement ironique. Et voir les Cure faire des chansons ironiques ça devient drôle. Ma découverte des Cure est une très sombre histoire. Avant de me lancer à corps perdu dans la musique, j’étais un fanatique de football, mais avec un peu de classe tout de même, toujours le col relevé à la Cantona c’est très important. Et un jour de décembre, je me suis fait écraser par une voiture et j’ai failli passer le reste de mes jours dans un fauteuil roulant. J’avais 13 ans, j’étais à l’hôpital et mon père est venu me voir en me disant, “ni maman, ni moi ne pouvons dormir à l’hôpital avec toi, mais je vais te donner un disque et un lecteur CD et tu vas l’écouter à chaque fois que tu seras triste”. Et j’ai écouté Cure toute la nuit. La chanson qui m’a le plus fait oublier où j’étais, en ne sachant pas si je pourrais remarcher ou plus important, jouer au foot, c’était “Boys Don’t Cry”, parce qu’elle est tellement enjouée sans l’être. Et même sans comprendre l’anglais, j’étais bien.

Joe
Pour moi, ce serait “Original Man” du groupe Riff Raff. Avant d’intégrer Metro Verlaine, j’étais à fond dans les années 1960-70. J’avais un blog et j’allais chercher des sources sur un site où il y avait plein de choses à télécharger. Je choisissais les styles, je téléchargeais vraiment beaucoup, beaucoup, beaucoup de musique – légalement (rires). Et je suis tombé sur cet album-là, qui date de 1974, je crois. Le style du groupe est plutôt jazz-rock, les autres morceaux sont inaudibles, mais celui-là, je l’ai écouté en boucle une dizaine de fois, parce qu’il m’a touché vraiment au cœur et m’a transporté. C’est une chanson hyper mélancolique, elle est très simple alors que les mecs sont de gros techniciens. Mais sur “Original Man”, on les sent dans la retenue pour ne laisser que l’émotion passer. C’est la chanson que je veux qu’on passe avant de me mettre sous terre, qu’on m’incinère ou qu’on m’envoie dans une capsule dans l’espace…

 
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Kevin Robert Thomson

La photo est signée Marion, la petite frisée à l’œil affuté.

Si je devais plus n’écouter qu’une chanson en boucle, ce serait “The Friend Catcher” de Birthday Party, parce que la leçon de guitare donnée par Roland S. Howard est sans doute la meilleure que j’ai reçue de ma vie. J’aime la réaction que j’ai eue face aux sons qu’il produisait. J’ai réalisé à ce moment que ce qui comptait le plus n’était pas la façon dont je pouvais faire bouger mes doigts ou apprendre toutes les notes sur le manche, mais que c’était une question de feeling qui se transmettait par le biais d’une guitare électrique.

Bien sûr, il y a aussi quelque chose de sentimental. C’est un ami très cher qui m’a fait écouter ce petit 45 tours. Il avait dix ans de plus que moi, il m’apprenait à jouer de la guitare avec beaucoup de patience, en me faisant découvrir des disques. Il ne disait rien, il mettait simplement un disque, sans ajouter le moindre jugement. Il me disait juste, tiens, écoute ça.“The Friend Catcher” m’a fait l’effet de me prendre un camion en pleine face. Je pourrais citer beaucoup d’autres groupes, mais comme je n’ai le droit qu’à un morceau, j’ai choisi celui-là.

Il m’a vraiment donné envie de jouer de la guitare, de vraiment jouer, de façon à m’exprimer, sans me laisser influencer par d’autres. J’ai voulu être singulier à ce moment-là. Je trouvais que ce que faisait Roland S. Howard était singulier. Pour moi, il était évident qu’il s’exprimait d’une façon unique et j’espère qu’un jour, quand je serais grand, je serais comme lui.

 
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Publié le 8 juin 2016, par dans blabla.

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Crédit photo : Marion « Petite Frisée » Ruszniewski, ma binôme de festival

Depuis la première édition du TINALS (le petit nom de This Is Not A Love Song – je peux l’utiliser maintenant, on est potes), l’affiche donne envie de prendre le premier train pour Nîmes. Mission enfin accomplie cette année, malgré la mauvaise volonté de la SNCF, décidée à organiser une empoignade générale à la Gare de Lyon, vrai moment de grâce pour agoraphobe…
Ci-dessous, les dix raisons d’y faire un tour l’an prochain, enfin pas tous à la fois quand même, je vous rappelle que je n’aime pas la grosse foule !

1. La programmation : la première raison d’aller en festival ne devrait jamais être « c’est chouette, on va aller boire des bières en plein air entre potes », mais un coup d’œil à l’affiche. Et celle du TINALS est canon chaque année. Par exemple, un festival 2016 sans Les Insus et Louise Attaque Tous Aux Abris, c’est de l’inédit, il fallait en profiter. Et avec en vrac, Ty Segall & The Muggers, Shellac, Air, Parquet Courts, Lush, Tortoise et un paquet d’autres, comment dire… ? ah oui, c’est devenu trop rare, à l’ère des grosses machines qui proposent toutes la même affiche consensuelle, à de micro variantes près. Tiens, c’est à croire qu’au TINALS, on pense à la musique d’abord, à l’aspect financier après.

2. Le prix des places : même si je suis invitée, je regarde toujours le prix des places. Histoire de voir si on se paie ou pas la tronche du festivalier lambda qui, contrairement à moi, n’aura pas droit à un pass laminé en sautoir avec sa photo dessus donnant l’accès aux toilettes VIP. TINALS, c’est 25€ la journée, soit la moitié de pas mal des grosses machines sus-citées avec les Insus et Louise Attaque Tous Aux Abris à l’affiche.

3. La taille : je sais, la taille ne compte pas. Sauf quand il s’agit de choisir des vêtements ou un festival. Dans les deux cas, j’opte pour le small, question de confort. TINALS, c’était 4000 personnes par jour pour cette quatrième édition. Un bonheur. Parce qu’il est possible de voir les concerts dans de bonnes conditions, de retrouver aisément ses amis, de ne pas faire la queue une plombe pour boire ou éliminer une bière et comme le réseau téléphonique n’est pas saturé, on peut tweeter ses impressions et poster des selfies en couronne de fleurs sur Instagram, histoire de narguer les amis restés à Paris.

4. La situation géographique : Nîmes, c’est trois heures de TGV depuis Paris et la garantie, à coup presque sûr, de ne pas passer trois jours de TINALS en K-way et bottes d’égoutier, à éviter les bains de boue. Il semble même que les humains n’étant pas dotés d’une peau de vampire peuvent bronzer là-bas…

5. Le site : une grande et une petite scène (avec des concerts gratuits l’après-midi) en extérieur, un petit club et une grosse salle à l’intérieur encadrant un patio avec un bar, des gros coussins éparpillés dehors à côté d’un troupeau de flamands roses et des transats à l’ombre pour se relaxer… Pas besoin de parcourir des kilomètres pour passer d’un concert à l’autre et ça tombe bien, puisqu’il y en a souvent deux, voire trois à la fois dans des créneaux horaires assez proches.

6. L’ambiance : détendue, à mi-chemin entre colonie de vacances pour grands gosses et garden party forte en décibels. Il y a des ateliers pour fabriquer des badges ou sa couronne de fleurs, l’accessoire indispensable pour se la jouer Coachella (ou Coachelley dans mon cas), des jeux de plein air (voir un festivalier imbibé faire du hoola-hop ça n’a pas de prix), une cabine photos gratuite pour se tirer le portrait entre amis (non homologuée pour les photos de passeport, précision utile à l’attention des radins), etc. Pendant trois jours, j’ai craint pour ma réputation de Grumpy Cat…

7. La chapelle de mariage : oui, petit festivalier plein d’amour, de bonnes vibrations et de boisson houblonnée, tu peux convoler au TINALS. Un Elvis presque vrai unit au nom de Saint Paul, Saint John, Saint George et Saint Ringo, tout ce qui bouge ou pas. Nous avons assisté à des scènes de décadence absolue : des garçons en robe blanche épousant leur dulcinée en nœud papillon, des gens se mariant à 5, 6 ou 7, voire à des objets… De quoi filer des AVC à la Manif pour Tous (apparemment, c’est un des objectifs secrets de l’animation…) J’en ai profité pour m’unir à Marion et deux copines. En robe sixties à se damner, même si elle n’était pas noire.

8. Le public : à l’inverse de celui des grandes messes en plein air, souvent là pour déconner entre copains et, éventuellement, se cogner les Insus et Louise Attaque Tous Aux Abris en fond sonore, le public du TINALS est motivé et vient là, oui, c’est dingue, pour voir et écouter des groupes. J’ai assisté à des concerts entiers sans être bousculée toutes les trente secondes par un déshydraté chronique trimballant quatre pintes. Ok, j’avoue qu’il n’y avait pas que des amateurs éclairés dans le public. Ou alors, ce couple interloqué disant, quand Air a débarqué sur scène « Tiens, ils n’ont plus leurs casques » avant de se barrer après un morceau, m’a bien trollée…

9. Le public, bis : un phénomène étrange s’est produit à TINALS. Je n’ai pas croisé Drapeauman ou la Crêpe Humaine, deux incontournables des grandes messes en plein air. Ont-ils été découragés par les grèves ? Les intempéries récentes ? Ont-ils préféré We Love Green qui avait lieu le même week-end ? S’ils me lisent, je les invite à venir l’an prochain, parce qu’une Crêpe Humaine, avachie entre un bouquet de flamands roses, ça aurait de la gueule quand même !

10. La passion : un festival pour des passionnés, organisé par des passionnés, ça se sent. Sur le mini-village du site, par exemple, on trouvait un vrai stand de disques, tout vinyles, bien sûr, à prix raisonnables plutôt que des marchands de merdouilles n’ayant qu’un rapport très lointain avec la musique. C’est un détail, peut-être, mais en festival, je trouve cela aussi essentiel que les food trucks et les bars. Après fouinage approfondi dans les bacs, il ne s’agissait pas que des albums des artistes à l’affiche, loin de là…

Ce billet n’a été absolument pas sponsorisé, même si la presse a été invitée à un apéro-débriefing par les organisateurs du TINALS. (Oui, c’était open-bar, ce qui a sans doute creusé un cratère dans le budget de l’an prochain.) Mais, eh, fuck, c’est mon blog, j’y écris ce que je veux et, pour une fois, au lieu de râler, j’avais envie de faire mon Bisounours. (Si vous me cherchez au rayon jouet, je suis le Bisounours habillé en noir, avec une clope et un verre brodés sur mon ventre en peluche.)

 
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Publié le 26 mai 2016, par dans Chanson-fétiche.

Olivier La Molte Texier

Photo : Marion, moitié photographiante de cette rubrique.

J’ai choisi un titre du groupe Magma, “De Futura”, qui est assez long – 17 minutes – et assez noir. Ce morceau m’a marqué quand j’avais une vingtaine d’années. Je regardais une émission sur Canal+ avec Antoine de Caunes, je me demande si ce n’était pas Nulle Part Ailleurs, et il parlait souvent de Magma. A l’époque, c’est-à-dire la fin des années 1990, le début des années 2000, j’écoutais du jazz et du punk, je sortais d’une période metal, bref, rien à voir avec Magma. Mais j’avais tellement entendu parler de ce groupe, dont de Caunes racontait la mythologie, que ça m’intriguait. Je n’avais pas cherché à aller plus loin, là où j’habitais, il n’y avait pas de grandes médiathèques.

Et un jour, dans la discothèque de la fac de Créteil, j’ai trouvé plusieurs disques de Magma. Je me suis dit que j’allais essayer. J’ai écouté quelques albums et avec ce morceau-là, qui date de la fin des années 1970, j’ai pris une claque. Il y règne une ambiance un peu science-fiction, noire, il y a ce passage au rythme très rapide…

Quand j’ai mis ce disque dans la platine la première fois, ce morceau, qui n’est pas le premier de l’album est arrivé et c’est là que je prends une claque. Je rentre vraiment dedans, il démarre progressivement avec les premières notes de basse, un peu répétitives, la structure évoque celle des morceaux vaudou qui t’amènent dans un état second, et je me mets à danser. En me disant, mais c’est de la techno des années 1970, c’est plus efficace que la musique électronique contemporaine. J’ai dansé et réécouté et réécouté le morceau.

J’adore d’autres titres de Magma, mais celui-là est particulier. Je pense que ce disque m’a ouvert des portes. J’ai appris ensuite que le leader de Magma, Christian Vander, a eu un déclic quand John Coltrane est mort et il y a beaucoup d’influences jazz et coltraniennes dans ses morceaux. Ça m’a fait découvrir Coltrane et le free jazz que je ne connaissais pas à l’époque.
Je n’écoute pas ce morceau régulièrement, mais vingt ans après, je sais qu’il me fait toujours le même effet.

 
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Publié le 2 mai 2016, par dans Chanson-fétiche.

Caroline Vié

Ne jamais perdre les bonnes habitudes. La photo est signée Marion, who else ?

S’il n’en restait qu’une, ce serait “Message Personnel” chantée par Françoise Hardy. C’est l’une des plus belles chansons que j’ai entendues. Et pourtant, je n’aime pas la chanson française qui, dans l’ensemble, me fait horriblement chier… Mais celle-là est incroyable.

Je ne l’ai pas découverte chantée par Françoise Hardy, mais par Isabelle Huppert dans Huit Femmes de François Ozon. J’ai été frappée, je ne la connaissais absolument pas. Et j’ai été encore plus frappée en apprenant que Michel Berger l’avait écrite, alors que pour moi, c’était assez nul, ses chansons. Tu les entends à la radio, ça ne te tombe pas des oreilles non plus, mais je n’aurais pas l’idée d’acheter le disque.

“Message Personnel” décrit parfaitement l’état amoureux et l’amour non partagé. Je n’ai jamais entendu quelque chose qui soit aussi réussi dans ce domaine, tant par le texte que par la musique. La version d’Isabelle Huppert est peut-être la plus bouleversante parce qu’elle est plus âgée que quand Françoise Hardy l’avait enregistrée.

C’est une chanson qui me fait pleurer. Beaucoup. Je la trouve déchirante, mais elle m’accompagne quand j’écris parfois. Elle m’a marquée à vie. Il y en a d’autres, comme “Mad World”, qu’on entend dans Donnie Darko, chantée par Gary Jules. Elle contient la plus belle phrase de la terre, “The dreams in which I’m dying are the best I’ve ever had”. On remarquera mon goût pour les chansons joyeuses, genre fête de la bière. Même si ce sont des chansons auxquelles je pense beaucoup, je ne les ai pas utilisées en exergue de mes livres. “Message Personnel” aurait pu être une bonne exergue pour mon premier roman, Brioche, une histoire d’amour non partagée. Et cette phrase de “Mad World” pourrait aussi illustrer tout ce que j’écris. Même si j’aime vraiment le rock et le hard rock ces deux chansons sont marquantes et correspondent à mon état d’esprit général. C’est-à-dire pas vraiment gai.

 
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Publié le 15 avril 2016, par dans blabla.

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Je tiens à préciser que Marion, photographe officielle du blog, est à innocenter pour ce visuel tout pourri, que j’ai réalisé avec mes moufles.

Chaque année, après avoir dépensé son budget vacances en vinyles, on se promet, comme après une gueule de bois de compétition, qu’on ne recommencera pas. Et l’année suivante, on dresse la liste de disques à acheter, on s’organise un circuit entre parcours du combattant et séjour planifié par l’Association des Hyperactifs Cocaïnés et on se lève, un samedi matin, à une heure ridicule, ce qui nous contraindra à boire des litres de café pour garder les yeux ouverts (et mettra notre vessie à rude épreuve, puisqu’il n’y a pas encore de wc chez les disquaires).
Et pour ne pas avoir l’air d’un obsessionnel compulsif tout seul, le mieux est d’aller traquer le vinyle en bande. Histoire de se rassurer en se disant qu’on n’est pas forcément le plus affligé…

Petite liste des copains, potes et autres vieux brancards à embarquer avec soi (ou pas) le jour D.*

Le Collectionneur Maniaque : Même en étant atteint de TOC, on passe pour banal et sans histoire à côté de lui. Le Collectionneur Maniaque est déterminé à TOUT AVOIR sur son groupe ou artiste ou label favori. Mais en prime, il le lui faut en trois exemplaires : un à écouter, l’autre à garder dans son emballage et le dernier à stocker en sécurité au cas où sa collection serait détruite par une catastrophe naturelle, une attaque nucléaire ou une invasion de zombies extraterrestre mutants en Desigual. Son budget pour Disquaire Day pourrait contribuer au comblement du déficit de la Sécu. A-t-il kidnappé le petit bonhonne Cétélem ? Tué sa vieille tante à héritage ? Mystère…

Le Spéculateur : Les disques, il s’en cogne comme de sa première tétine. Ce qui l’intéresse, ce sont les cotations sur Discogs, qu’il compulse comme les cours de la bourse. Il a repéré les collectors les plus recherchés, va se jeter dessus avec la délicatesse d’un pit-bull affamé boulottant un enfant en bas âge et filer aussitôt chez lui les revendre pour des sommes obscènes. Enfin, si sa copine a terminé de mettre sur eBay les vêtements de la collection capsule H&M de ce styliste super tendance…

Le Blasé : Il n’est là que dans un but : vous faire comprendre que vous êtes tous des gogos, bernés par une opération sombrement commerciale visant à vous faire acheter des disques à prix exorbitants. Ses phrases favorites ? « Pff, Disquaire Day, c’est mort, les majors ont tout récupéré », « Pff, Disquaire Day, c’était mieux avant », « Pff, la plupart de ces glandus qui achètent des disques n’ont même pas de platine pour les écouter », etc. Comme il reste planté là, tel un portemanteau sentencieux, on y accroche notre tote-bag surchargé de vinyles pendant qu’on plonge dans un énième bac.

Le Loser : Il arrive à la bourre parce qu’il a pris le seul métro dans lequel Colis Suspect a décidé de faire une apparition surprise. En conséquence, le super collector top moumoute qu’il convoitait a déjà été raflé par le Collectionneur Maniaque ou le Spéculateur. Ignorant les moqueries du Blasé, il file chez le disquaire suivant où un copain lui a signalé qu’il restait un exemplaire de son Graal. Une fois sur place, après une demi-heure de queue pour payer, il constatera qu’il a perdu sa carte bleue. Et comme son portable est déchargé, il ne pourra même pas appeler un ami serviable pour le dépanner…

Le Fauché : Comme son nom l’indique, il n’a pas un sou, mais il a tenu à venir. Par masochisme ou pour faire du shopping virtuel. Il regarde les étiquettes avec l’air d’un orphelin mal nourri de Dickens léchant la vitrine d’une boulangerie, puis pousse un petit soupir douloureux en reposant l’objet de son désir, sous l’œil indifférent du Spéculateur et celui, méprisant du Collectionneur Maniaque. Le Blasé viendra à son secours : non pas en le dépannant d’un billet, mais en lui disant que « Pff, Disquaire Day, laisse tomber, c’est une arnaque. »

L’Encombré/encombrant : Il arrive muni au choix d’une valise à roulette, d’un sac de sport XXL, d’une poussette char d’assaut garnie d’un petit humain que la vue des vinyles fait hurler, voire de tout cela à la fois. Initialement, on ne sait pas quoi faire de lui, à part le laisser sur le trottoir devant le disquaire, en espérant qu’on ne le prenne pas pour Colis Suspect. Mais très vite, on saisit son potentiel. Lui, c’est un bélier humain, un moyen efficace de se frayer un chemin dans les rayons encombrés de collectionneurs frénétiques, obligés de s’écarter pour ne pas voir leurs Stan Smith écrasées par ses roulettes. L’an prochain, on lui demandera de venir avec une glacière garnie de bières en prime, tiens…

L’À côté de la plaque : Il n’a pas compris le principe de Disquaire Day. Il pense qu’il s’agit d’une brocante et hallucine devant les prix. Et puis, lui, en plus, il préfère les CDs aux vinyles. Le Blasé est ravi : il va pouvoir enfin expliquer le principe de l’opération à quelqu’un tout prêt à l’écouter…

Le Personal Shopper : Il est venu pour avec une liste de trois pages de disques à acheter pour des copains qui n’ont pas pu être là, pas eu envie de se lever ou de faire la queue. Mais comme il est serviable, il va passer sa journée à fouiner pour eux, à envoyer des SMS pour leur dire qu’à l’inverse de Bono il a trouvé ce qu’il cherchait et à se faire engueuler parce que 15€ pour ce split single, c’est n’importe quoi, enfin, tu aurais pu t’en apercevoir, non ? Il mettra ensuite des semaines à se faire rembourser. La rumeur veut que le Spéculateur utilise parfois ses services. Son unique allié en cette journée stressante est l’Encombrant, sur la poussette duquel il se déleste de quelques kilos de vinyles au cours de son ingrate épopée.

Mr Bon Plan : Il est aussi indispensable à la réussite de la journée que les trois tote-bags vides qu’on trimballe dans l’espoir de les remplir de disques. Comment fait-il, on l’ignore, mais cet individu d’apparence normale, est une mine de renseignements qu’il adore partager. Il sait où se trouve le super collector top moumoute que recherchent le Loser, le Collectionneur Maniaque et le Personal Shopper, il a en tête les horaires et les lieux des showcases les plus sympas. Mieux encore, il est copain avec un des disquaires qui propose à l’Encombré de lui stocker sa valise pendant qu’il fait sa plongée dans les bacs et il connaît une boutique où le matin, on offre du café et du cake et de la bière dans l’après-midi. C’est une sorte d’App vivante, donc. Qui marche même quand la batterie de l’iPhone a décidé de lâcher l’affaire…

Le bloggueur disques : Pour lui, l’essentiel n’est pas d’acheter et d’écouter les disques, mais de le faire savoir. Il live tweet sa journée dans les moindres détails, poste des pochettes sur Instagram, met à jour son statut Facebook toutes les dix minutes et répond avec virulence aux commentaires des trolls (on soupçonne que le Blasé s’est créé un faux profil, rien que pour lui pourrir son shopping). Il tente de négocier des réductions en balançant son nombre de followers. Rien ne l’arrête. Sauf la panne de sa batterie de téléphone et de celle de secours. Quoique… Mr Bon Plan lui indique une prise, là, dans le coin, derrière la valise de l’Encombré, où il pourra recharger l’engin.

Comment ? Vous n’avez aucun de ces spécimens dans votre entourage ? Pas grave. Faites comme moi. Choisissez une poignée d’amis, de vrais. Embarquez-les avec vous. Et pour pimenter la journée, demandez-leur de faire les idiots devant l’appareil photo, juste pour écrire une entrée de blog… Ça fera des souvenirs. Comme cette pile de vinyles rares en édition limitée que vous venez d’acheter. En vous jurant que l’an prochain…

*J’ai tout mis au masculin, mais bien entendu, il y a des équivalents féminins de cette galerie de personnages.

 
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Publié le 12 janvier 2016, par dans Hommage, Non classé.

Je ne vais pas revenir sur son influence sur la musique, la mode, l’art… Ni sur sa mort, survenue deux jours après la sortie d’un album touffu, ambitieux, fascinant. Ni sur sa vie, ses métamorphoses, sa capacité à se renouveler, à aller où personne ne l’attendait, à refuser de donner au public ce qu’il voulait.

Hier, j’ai été dans le déni. Tout en me disant que j’étais un peu ridicule de pleurer sur un homme que je n’avais jamais rencontré de ma vie, que je ne connaissais pas, si ce n’est par ce qu’il avait bien voulu nous donner, à nous, ses fidèles. Et je me suis mise à dresser la liste de ce qu’il m’avait apporté. Je sais qu’aucun artiste n’a eu un tel impact sur ma vie. Pas à ce point.

Si je n’avais pas reçu cet album – et pas son meilleur – à 15 ans, que je n’avais pas voulu en savoir plus sur lui, que je n’étais pas tombée, coup de bol, sur deux biographies, l’une signée Gilles Verlant, l’autre Jérôme Soligny (who else ?) pour satisfaire ma curiosité, je ne serais sans doute pas là, à écrire sur la musique. J’aurais probablement aimé d’autres groupes et, une fois arrivée à l’âge adulte (sans lui, j’aurais peut-être grandi, qui sait ?), je serais passée à autre chose, j’aurais cessé d’acheter des disques, de lire des bouquins sur la musique et d’organiser une partie de ma vie autour de ce qui est devenu une passion. Mise parfois en veille, jamais très loin.

En vrac, il m’a d’abord fait découvrir à un âge impressionnable le glam, Bolan, Lou Reed, Iggy, le Velvet, Warhol et sa Factory, la décadence, l’ambiguïté et la séduction fatale de l’androgynie. Il m’a fait comprendre qu’on pouvait aimer les garçons & les filles. Je le soupçonnais, mais s’il le validait, c’était tellement plus facile de s’accepter. Il a fait exploser toutes mes conceptions sur la musique et mes goûts présumés. Oui, je pouvais aimer la pop, le rock, mais aussi la soul, la musique électronique, les expérimentations en tous genres. Et tant que j’y étais, pourquoi ne pas non plus m’intéresser à d’autres formes d’art ? C’était l’une des rares pop stars à parler de sa passion pour les livres, le cinéma, les musées. A semer en permanence des pistes dans ses interviews, invitant ses fidèles à élargir leurs horizons. Soudain, me trimballer en permanence avec un bouquin dans mon sac devenait cool et acceptable. Je n’étais plus la première de la classe, j’étais sa disciple en quelque sorte…

Bien plus tard, quand j’ai appris à me foutre du fait d’être cool ou pas, il est encore venu à mon secours. J’ai souvent plaisanté sur le fait que notre vrai point commun – la schizophrénie d’un très proche – était celui dont je me serai bien passée. J’ai fini par me faire tatouer sur l’épaule droite des paroles en hommage à son frère. Dans l’espoir, un jour, d’accepter que rien ne serait plus pareil entre ma sœur et moi. Et pour me forcer à en parler à ceux qui liraient cette phrase, pour m’alléger un peu de ce poids. Ok, pensée magique, idolâtrie adolescente de ma part sans doute. N’empêche. À la longue, je crois qu’il m’a aidée. Ne serait-ce que par cette sorte de connivence entre nous. Qui n’existait que dans mon esprit.

Il a aussi foutu le bordel dans ma vie et dans ma tête. Transformé la fille obsédée par l’idée de ne déplaire à personne en rebelle rebelle, cheveux teints et maquillage post-glam à faire fuir le spectre de Bolan inclus. Comme le temps, il a pris une cigarette, me l’a mise dans la bouche et… Je n’y peux rien si je ne le trouvais jamais aussi séduisant qu’en train de fumer. Il m’a empêchée de suivre la voie toute tracée que j’aurais dû emprunter, longues études, job stable, etc. Il a libéré le freak, le petit monstre qui sommeillait en moi.

Il m’a rendu plus curieuse. Moins conne. Tellement plus cultivée.

Il m’a empêchée de mourir d’ennui en intégrant le rang.

Il me laisse un grand vide, là.