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Publié le 20 avril 2017, par dans Histoire orale.

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(photo : archives de Silvère)

Un jour, au détour d’une discussion avec notre ami Silvère, il a évoqué son passage par les Tambours du Bronx. Nous nous sommes promis d’en reparler un soir, autour d’un verre, d’en tirer une petite histoire orale et parfaitement subjective. Il s’agit de la première partie. La suite viendra si vous avez le courage de vous taper un long read ici…

S’il fallait présenter les Tambours du Bronx à ceux qui ne les ont pas connus, comment les définirais-tu ?

En préambule, je voudrais dire que tout ce que je rapporte ici sont mes souvenirs à moi, avec 25 ou 30 ans de recul Ce sont mes impressions. Si tu en discutes avec un autre, il aura les mêmes souvenirs, mais notre lecture de la chose sera différente. Trente ans plus tard, ma vision est super jolie et elle ne l’a pas toujours été, je suis content et fier de cette période et de mes amis. Et ma façon de la raconter, c’est la mienne.

 Avant tout c’est une bande de potes, c’est né comme ça. Des passionnés de rock’n’roll qui avaient tous un peu le même look, qui traînaient dans le même bar, avaient les mêmes habitudes, roulaient avec les mêmes voitures. Ça se passait à Nevers, le bar s’appelait le Broadway, il y en avait un deuxième, le Pub, qui existe toujours, mais le Broadway était le bar des rockers.

Ce qu’il se passait dans les BD de Margerin, c’était notre quotidien. J’ai intégré la bande vers 1982-83, mais il y avait déjà un noyau important avant. Cette bande était presque caricaturale, roulait en DS, portait des Perfecto, des 501 et des santiags, écoutait Renaud dans la bagnole… Pas moi, je n’ai jamais été fan. Il y avait beaucoup de rock’n’roll, bien sûr, des relents de hard rock… On faisait tout ce que faisaient les bandes dans les années 1980. On sortait ensemble, on allait aux concerts ensemble, parfois il y avait des bastons ensemble. J’ai vu une fois la bande au complet, à un concert du groupe de hard rock d’un des membres, il devait y avoir 70-80 personnes.

Il y avait un des noyaux, qu’en simplifiant, j’ai appelé les « intellos », c’est-à-dire les plus musiciens, les plus engagés, les plus capables d’organiser des choses. Dans ce noyau-là, un d’entre-nous, qui s’appelait Jojo, a passé l’été 1987 à voir tous les membres de la bande, un par un. Il était en fac de psycho à Rennes et rentrait après avoir eu sa licence. Il a donc passé l’été à faire le tour de la bande en disant, j’ai une idée, une histoire de groupe, je suis sûr que ça peut marcher.

C’est devenu un gag récurrent, mais cet été-là, il a dit, dans un an on fait un plan mondial. Quand il est venu me trouver, je bossais à la piscine de Nevers, j’étais en maillot de bain, j’avais les pieds dans l’eau et j’ai entendu sa voix derrière moi. Ah Silvère, j’ai une idée d’un spectacle, d’un groupe avec la bande, ça te branche ? Ma seule réponse a été : est-ce que les autres y sont ? Il m’a dit, oui, il y a déjà Box, Pogo, Rascal, etc. Je ne savais pas de quoi il parlait, j’entendais à moitié ce qu’il me racontait, mais si la bande y est, j’y suis, voilà !

On avait rendez-vous le samedi suivant pour qu’il nous explique, mais je venais, puisque la bande y était.

Il a passé les deux, trois jours avant le samedi à récupérer les bidons dans les garages aux alentours. Je pense même qu’il en a piqué un ou deux dans des jardins qui servaient de réservoir d’eau. Il a ramené tout ça au lieu de rendez-vous, un lieu qui s’appelait la Maison des Montots. C’était une maison de quartier avec une salle de spectacle dedans, un lieu très brut tout en béton.

Le samedi arrive, on se retrouve dans cet espace vide, on est 22 blousons noirs, c’est comme ça qu’on nous appelait, avec des manches de pioche et des bidons. Tu mets des manches de pioche dans les mains de quelqu’un et forcément, il va taper devant ce qu’il a devant lui. Tout de suite, comme on était tous plus ou moins musiciens – j’étais bassiste, il y avait 2-3 batteurs, autant de guitaristes – un morceau a démarré qu’on a appelé « Locomotive ». C’était juste une accélération. On l’a enregistré sur le deuxième album. Mais c’était le premier morceau, du premier soir, fin septembre 1987, je crois.

On s’appelait la bande de Vauzelles, du nom d’un patelin, Varennes Vauzelles, c’est la banlieue de Nevers, construite au 19e siècle autour des ateliers de réparation des locomotives à vapeur, sur le même modèle que les corons. Des petites maisons alignées avec des rues toutes droites, la cité ouvrière typique du 19e siècle. Les ateliers existent toujours, ils s’occupent des machines diésel. Le noyau dur de la bande venait de là, moi je n’en étais pas, mon père a eu un parcours différent. C’était des fils d’ouvriers qui avaient travaillé dans ces usines. Certains d’entre nous bossaient là l’été.

On se retrouve donc avec le projet de Jojo, le premier chef des Tambours du Bronx, le seul que j’ai connu et tout de suite, on a senti qu’il se passait quelque chose. C’était tellement puissant, tellement évident… Et puis, on était une vraie bande, comme on pouvait en voir dans les années 1960, avec tout ce que ça peut avoir, le look, les voitures, les bastons, les fêtes, le repère, ce bar, le Broadway… Les gens qui n’était pas lookés rock’n’roll, teddy boy, punk etc. n’osaient pas y entrer. Pas que c’était interdit bien sûr… On en a vu des dizaines ouvrir la porte, voir tous les mecs avec des crêtes, des bananes, des blousons noirs et décider d’aller boire un coup ailleurs. Mais le patron ne s’en plaignait pas, on était de gros consommateurs, il avait la bonne clientèle pour que le bar marche !

En tout cas, ça s’est fait comme ça, tout seul. Quand Jojo était en fac à Rennes, il avait vu les Tambours du Burundi aux Transmusicales. Il y a un chef au milieu, un demi-cercle de musiciens autour et tout de suite, il s’est dit, ça avec mes potes, on le fait. Je lui reconnais une grande partie de la paternité de l’idée, mais après, plein de choses sont nées de tout le monde, évidemment. Le point de départ, c’était ça, avec en amont, cette bande de potes heureux de faire quelque chose en plus. Et on se disait aussi qu’avec ça, on pourrait aller dans tous les festivals gratos. Notre intérêt c’était de voir des concerts, boire des bières, draguer des filles. Genre, rockn’n’roll basique.

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On a fait nos premiers concerts autour de Nevers. Il y a un festival de rock, Nevers A Vif, qui vient de fêter ses 30 ans. Je crois que c’était la toute première année ou la deuxième, 1988… On a dû faire un de nos premiers concerts là. On a aussi joué dehors au festival de courts-métrages, De Nevers à l’Aube, parce qu’on connaissait tout le monde. C’est une petite ville, tous les acteurs culturels étaient nos potes. D’ailleurs, Nevers A Vif était organisé en grande partie par des membres de la bande. On a très vite été invités à jouer dans le patelin d’à côté. Et puis, on a fait 2-3 coups bien pensés… On n’était pas discrets, c’est le moins qu’on puisse dire. Bourges étant à 70 kilomètres de Nevers, on a décidé, la première année où on a eu un bout de répertoire, genre, une demi-heure, trois-quarts d’heure, d’aller au Printemps de Bourges pour jouer dans la rue.

Donc, toutes les DS se garent, un pote avait chargé les bidons en vrac dans son camion… Quatre-cinq mecs patibulaires sortent des voitures avec des manches de pioche, déchargent des bidons et les installent devant la Maison de la Culture de Bourges où il y a les bureaux du Printemps. Et coup de bol, c’est à ce moment-là que Jack Lang, le ministre de la culture de l’époque arrive, suivi par son service d’ordre et toutes les caméras. Ce n’était pas prévu, on ne savait pas qu’il était là. Evidemment, les caméras se sont tournées vers nous, ça s’est très vite su…

Et cette année-là, en 1988, Serge Gainsbourg faisait un documentaire sur le festival et il a craqué pour ces mecs qui n’étaient pas programmés et s’imposaient. On a gardé ce côté-là très longtemps. On arrivait quelque part en disant, on va jouer là, et on nous répondait, non, non ce n’est pas prévu. Et on disait, on n’a pas demandé si on pouvait jouer, on vous prévient qu’on va jouer là, vous nous dites à quelle heure on peut y aller et c’est tout. On l’a fait pour le festival de l’Ile Aucard à Tours, au moment de la fête de la musique, je crois. On a loué un bus de 60 places, on a débarqué avec toute la bande, le groupe et les bidons, tout le monde a participé aux frais, pour aller faire la fête à Tours. Il y avait un chauffeur pour qu’on puisse boire. On arrive là-bas sans avoir appelé avant pour demander si on pouvait venir. Et les organisateurs ont vu débouler 60 blousons noirs poussant des bidons, avec des manches de pioches à la main. On a vu arriver un mec tout blanc, terrorisé, qui a dit, mais vous êtes qui, vous faites quoi ? Il s’imaginait qu’on était des Hell’s Angels venus foutre la merde. On lui a répondu, ne vous inquiétez pas, on est un groupe, on vient pour jouer. Tu nous dis quand on joue, mais on va jouer donc autant que ça se passe bien. En fait, ça les a arrangés, on a joué pendant les changements de plateaux. On avait prévu de faire ça cinq fois dans l’après-midi… La cinquième fois n’a jamais eu lieu parce que tout le monde était saoul et dormait dans le gazon.

A quel moment le nom s’est imposé ?

Tout de suite. Les Tambours du Bronx, c’est pour résonner comme les Tambours du Burundi. Le Bronx, c’est ces petites maisons alignées, comme dans cette banlieue populaire de New York où il n’y a pas de grands immeubles. On avait notre Bronx à nous, on l’avait surnommé comme ça dans la bande. Et c’était en opposition au Broadway, le bar des rockers qui était dans le centre-ville de Nevers. Le nom, on ne l’a pas choisi, il s’est imposé entre l’écho avec les Tambours du Burundi et l’opposition avec le Broadway, qui était notre maison, on y habitait toute l’année…

Ça c’est la naissance, la première formation du groupe. Elle a beaucoup bougé au tout début. Il y avait un noyau dur qui s’est imposé tout de suite, d’une douzaine ou quinzaine de personnes. Et quelque part, on n’avait que ça à foutre, franchement. A part faire les cons avec nos copains, c’était notre seule motivation. Là, on pouvait faire les cons avec les copains mais loin, dans la ville d’à côté, puis de plus en plus loin. Autour de ces 12-15 personnes, ça a beaucoup bougé. Le groupe se composait d’environ 20 musiciens sur scène. Beaucoup ont essayé, ça ne leur plaisait pas ou ils ne s’intégraient pas à la bande. On était des grandes gueules. Et c’est fermé, une bande. Le groupe est né en 1987, la bande existait depuis bien plus longtemps. Ceux qui étaient dans la bande avant la création du groupe étaient d’office là. Et ceux qui venaient se rajouter devaient presque s’intégrer à la bande avant le groupe. On a mis les 25 grandes gueules de la ville dans le même groupe…

Le noyau dur s’est vite fixé, c’était en gros les plus musiciens des membres de la bande. On avait tous des groupes à côté… Deux ou trois autres membres de la bande ont essayé, mais ils étaient déjà embarqué dans un bout de vie professionnelle, alors que nous, on ne bossait pas. A l’époque, j’avais 25 ans, on n’était pas des gamins.

On a fait tellement de grosses conneries ensemble qu’on se disait que le groupe, c’en était une de plus. Voilà le genre de blagues qu’on faisait : dans notre bar le Broadway, tous les samedis, comme dans toutes les villes de province, on entendait régulièrement passer les cortèges de mariages qui klaxonnaient, faisaient le tour de la ville trois fois, etc. Ils nous faisaient chier à klaxonner comme ça, on a décidé que nous aussi on allait se marier et klaxonner. On a organisé un mariage dans la bande. L’un de nous s’est habillé en fille, Pogo, mal rasé mais en robe blanche, et l’autre c’était Dodol, qui s’était mis sur son 31. On a tous briqué les DS, l’un de nous avait une Traction, un autre une Cadillac, ils les ont sorties pour l’occasion. On a tous mis nos plus belles santiags, les redingotes, les perfecto, et c’est parti. On a tourné dans la ville tout l’après-midi. On a fait un vrai-faux mariage puisque la Maison des Montots, où on avait répété la première fois, est une ancienne chapelle des années 1960. L’un de nous a mis un col de pasteur et marié les deux potes.

A Nevers, tous les mariés se font photographier sur les marches du palais ducal, en plein centre-ville, qui fait partie des châteaux de la Loire. On l’a fait aussi. Avec toute la bande, nos copines, en faisant des grimaces sur la photo. C’était le genre de blagues qu’on faisait, c’était gros, mais tout le monde suivait. Notre but, ce jour-là, c’était juste de klaxonner dans toute la ville, nous aussi on a le droit.

Une autre chose nous a beaucoup rassemblé. On a vécu, comme toutes les bandes de potes dans les années 1980, beaucoup de bastons parce qu’on faisait partie de ces gens qui ne s’en allaient pas quand ça chauffait. Je ne serai jamais rentré dans cette bande de mecs s’ils avaient été des fouteurs de merde. On s’est régulièrement tapé des équipes de bucherons, de rugbymen, des mecs qui aimaient quand il y avait du répondant, mais c’était bon enfant. Il n’y avait jamais eu de skinheads à Nevers, c’était radical, les mecs étaient immédiatement cernés et repérés et on allait leur dire de dégager d’ici. C’était notre ville, c’était rock’n’roll. Il n’y avait pas de règles écrites, on était potes, on se respectait.

Pour en revenir à cette grande bande… A un moment, le président des Narmwat Rockracers, un des membres de la bande qui a monté un club de bikers, avait acheté un bar, le Bar des Tilleuls, dans lequel il organisait régulièrement des concerts. Et le festival Nevers à Vif, c’était 5-6 d’entre nous qui faisaient partie de l’organisation. On était plusieurs à avoir pris ça en main, à s’occuper des artistes. On était tous très actifs que ce soit avec les Tambours ou nos autres groupes. J’étais bassiste des Chasmbrats avec lequel j’ai fait un disque chez Closer Records en 1989. Tout ça, c’était pour arrêter de se plaindre qu’il ne se passe rien dans cette petite ville. Il n’y avait jamais de concerts de rock, on faisait des bornes pour en voir, on allait à Clermont-Ferrand, à Paris. Avec la bande, en 1982 ou 83, on est tous montés à Paris voir Clash à l’Espace Balard. On faisait des sorties comme ça. On a commencé à se dire qu’on allait organiser des concerts, entre les membres de cette bande plus deux ou trois autres, dont un garçon important, Jean-Michel Marchand qui a été longtemps le programmateur de Nevers à Vif et d’une radio libre de l’époque, un mec super, on s’est tous retrouvés autour de lui pour cette histoire de festival. Je fais des digressions, mais tout ça, c’est les mêmes gens, la même histoire ; les Tambours, c’est une aventure d’une bonne partie des membres de cette bande-là. Et on fait nos premiers concerts à l’arrache dans la région, on nous payait pas. Au début, l’idée c’était juste de payer l’essence des DS et les bières. Puis très vite, on est allés à Bourges, ça a marqué tout le monde, et l’année suivante, on était sur la grande scène pour notre concert. Ça a décollé en deux ans.

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Et l’impératif d’image, il apparaît quand ? Le groupe avait de la gueule, même si ce n’était pas calculé…

On était habillés comme ça tous les jours. C’était nos fringues. J’avais une paire de pompes, mes santiags, deux 501, et un perfecto. C’était tout. On s’est juste un peu bataillé au début. Moi, ce côté uniforme m’emmerdait un peu. On avait décidé de tous porter des t-shirts noirs. Pendant longtemps, j’ai résisté, je mettais des t-shirts d’autres couleurs alors que je ne porte que du noir juste parce que j’étais rebelle au milieu des rebelles. Ça me faisait chier de mettre un t-shirt parce qu’on me le demandait. Mon perfecto, je n’avais que ça, mais le t-shirt, je prenais le premier de pile et tant pis s’il n’était pas noir. J’ai résisté jusqu’au moment où j’ai compris que c’était vachement plus joli si on était tous en noir.

Un jour, on fait un Champs-Elysées avec Drucker, c’était en direct à Grenoble. On arrivait la veille pour faire le filage. On est accueillis un peu froidement, on était devenus à la mode et il fallait qu’on fasse des télés… On nous confie à une assistante qui devait s’occuper de nous. Elle nous montre les loges qui n’étaient pas bien du tout, alors on s’est mis où on voulait. Et elle nous dit : et pour vos costumes de scène ? on est restés très sérieux à se regarder en disant « merde j’ai oublié mon costume de scène ? Et toi, tu as le tien ? » Tout le monde a rebondi là-dessus et la fille a dit, ah oui, vous êtes vraiment cons…

A Grenoble, il y a un chapitre Hell’s Angels et les mecs étaient techniciens sur le montage du plateau, etc. On a bien sûr fini avec eux dans leur local, à faire le concert qu’on n’avait pas pu faire dans l’émission. On était frustrés d’être venus là pour ne jouer qu’un seul morceau. Dans l’émission, c’était trop cadré, alors qu’on ne chronométrait rien. Les mecs nous faisaient des signes désespérés pour qu’on arrête. On a dit aux Hell’s Angels, c’est simple, on veut jouer, vous posez deux caisses de bière au milieu de votre local, on joue un concert entier. Qui était facturé quelques dizaines de milliers de francs à l’époque. On l’a fait pour deux caisses de bière, parce qu’il fallait que ça sorte.

Et il y a eu des moments très forts, comme les fameuses deux grandes fêtes : le centenaire de la Tour Eiffel organisé par Chirac et le bicentenaire de la révolution. On était dans ce défilé pour représenter la révolution industrielle, c’est pour cela qu’il y avait cette locomotive. Et ça venait de chez nous.

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Jean-Paul Goude était chargé d’organiser ce spectacle. On lui a proposé le projet deux ans avant et pendant un an, des gens lui apportaient des infos, des troupes, des spectacles de rue. Il avait des assistants pour trier, aller voir des spectacles dans le monde entier, c’était open-bar, les fonds étaient illimités. Il devait y avoir 2000 Chinois, mais ça a été annulé à cause de Tien An Menh, il y avait des Ecossais, des Sud-Africains, des gens de partout.

Et Goude reçoit notre vidéo sur VHS. Le caméraman, c’était le comptable du festival Nevers A Vif et il a bricolé des images avec une caméra familiale. On ne pouvait donner ce clip à personne parce qu’il avait fait un montage avec des images de La Bataille du rail, on jouait le morceau « Locomotive », qui est une accélération et à la fin ça explose. C’était la grande époque de MTV, on savait qu’on devait avoir des images qui circulent. Et on avait une gueule, un look, on avait vite compris qu’on devait le montrer. Il avait fait ce clip, qui était inutilisable parce qu’on n’avait pas les droits de La Bataille du rail. En privé, on pouvait en faire ce qu’on voulait et on cherchait des concerts avec cette vidéo.

En la voyant, Goude nous a raconté qu’il s’est dit, ça on le fait ! C’est-à-dire, on fait construire une locomotive par des décorateurs de cinéma : les mecs étaient allés jusqu’à faire les coulures de rouille sur les rivets… Elle était si réaliste qu’on a dû taper dessus pour vérifier qu’elle était en bois ! Ça s’est fait aussi simplement que ça. Et très vite, on a été contactés par la Mairie de Paris pour le centenaire de la Tour Eiffel. On a compris que comme les deux étaient de partis opposés, ils ne devaient pas savoir qu’on participait aux deux événements. On est la seule troupe qui a pu faire les deux, pour une fois on a été discrets !

En juin, on a fait le centenaire, en juillet le bicentenaire.

Pour l’anecdote, après le spectacle de juin, où il y avait Johnny Hallyday, etc. pas notre tasse de thé, on se retrouve quand même dans une fête sous la tour Eiffel, dans un périmètre fermé avec de grandes tables de banquet. Toute la mairie de Paris et les députés possible étaient là, toutes les huiles. Et les artistes. Dont les 22 blousons noirs dans un coin, qui picolent comme des trous, il y avait de quoi faire. Et il y en a un de nous qui repère une grosse tente militaire et nous dit, en venez voir ! Il y avait des palettes – l’organisation du truc avait duré 15 jours voire un mois – de rouleaux de PQ pour les 2000 intervenants. On a fait une bataille de rouleaux de PQ comme si c’était des serpentins. On a détruit une ou deux palettes, on les lançait sur les hommes politiques, on attaquait, on chargeait… C’était en fin de soirée, Chirac était parti… On a bien rigolé, c’était un truc de gosses, ça fait rire le PQ.

Un mois plus tard, on est revenus pour le 14 juillet et il y avait une fête dans les jardins de l’Elysée. On est invités comme le reste des artistes, les techniciens, etc. C’était énorme. On était la plus petite troupe. Les Américains étaient 200, les Sud-Africains je ne sais plus combien. Nous, on était 25. Et pas les plus discrets. On voit les Ecossais sortir leurs cornemuses et jouer deux ou trois morceaux et c’est vachement bien. Tout le monde a envie de danser. Les troupes de musiciens folk s’y mettent aussi. Mais nous, nos bidons étaient fixés sur les petits chariots SNCF dehors. Et dans le périmètre, il y avait tous les présidents du monde… On commence à picoler en restant groupés, on ne connaissait personne. Et on se dit, merde on veut jouer aussi. On sort, on passe devant la barrière de sécurité sans problème, on va chercher nos bidons sur les chariots sur la place de la Concorde et on revient avec nos manches de pioche. Et on se retrouve face à la même barrière de sécurité avec le service d’ordre, en l’occurrence la DST, la CIA, le Mossad… Qui voient arriver 25 mecs en noir, armés de bouts de bois… Ils ont tous sortis les talkie-walkies, c’était panique à bord. Et nous, on avait 12 ans d’âge mental, on a insisté pour rentrer. Et là, les premiers prennent les bidons, les jettent par dessus la barrière en disant, on va passer quand même. Et on empile des bidons pour grimper. Les mecs auraient pu nous buter. Ils ont fini par avoir le mot d’ordre de nous laisser entrer. Et on a joué nos morceaux, les gens sont venus nous voir et on a été les derniers à partir. On finissait les bouteilles pendant que les mecs débarrassaient et que le jour se levait. On était très fiers d’être prolo, les Tambours, c’était un spectacle prolétaire. On symbolisait un atelier avec le chef au milieu qui donnait les ordres. Et c’est pour ça qu’à la fin du spectacle on jetait les bidons, c’était la révolution, tu casses l’outil de travail… On expliquait d’où on venait.

 
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The Kills

Le portrait est signé Marion. L’idée de rencontrer ces deux-là, avant leur concert à l’Olympia aussi.

 

Jamie : S’il ne reste qu’une seule chanson ? C’est injuste ! Ce sera un morceau de Lee Scratch Perry, “I am The Upsetter”. Lee Scratch Perry représente beaucoup de choses pour moi. Je le choisis en tant qu’artiste, parce qu’il est l’un de mes producteurs, songwriters et cinglé favori. Il est phénoménal. Je ne me lasse jamais de cette chanson, elle est très simple et elle me donne tellement de plaisir… Je peux danser dessus, la chanter, la jouer. Peu importe mon humeur, quand je la mets, je me sens bien.

 

 

Alison : Pour moi, ce serait “Zig Zag Wanderer” de Captain Beefheart. Je suis toujours heureuse de l’écouter. Jamie me l’a fait découvrir. Il faisait mon éducation musicale et me passait plein de disques… mais juste trois secondes. Et j’ai voulu écouter celle-là jusqu’au bout.

 

 
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Publié le 27 décembre 2016, par dans Non classé.

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11 janvier au matin. Je n’oublierai jamais et pourtant, j’ai la mémoire d’un poisson rouge atteint d’Alzheimer…
Le 8 janvier, j’avais mis au point un plan d’invasion des disquaires indépendants. Ma mission : acheter Blackstar, l’album expérimental de Bowie. Consciente que les disquaires indés n’en auraient que trois exemplaires en vinyle, j’avais établi un itinéraire. Je l’ai trouvé chez le premier. Ce qui ne nous a pas empêché d’aller chez un second, histoire d’acheter d’autres disques. Tout le week-end, nous avons écouté Blackstar. Seuls. Avec des amis. Le dimanche 10, le brunch s’est terminé tard. Vers 23 heures. Quelques bouteilles avaient succombé. Nous sommes allés nous coucher. Ravis que Bowie ait enregistré un putain de chef-d’œuvre ambitieux à l’âge où ses confrères pantouflent, relèvent les compteurs et font des tournées spécial troisième âge avec parking à déambulateurs si besoin.
J’ai dessaoulé direct le 11 au matin à 7 heures.
Je n’avais jamais pensé qu’il puisse mourir. Pas avant moi, du moins. Ça fait des années que je fais tout pour ne pas m’attarder indument ici.

Si j’ai décidé un jour d’écrire sur la musique, c’était dans l’espoir de le rencontrer (tout en ne voulant surtout pas le faire…). Si j’ai compris que je pouvais aimer les filles et les garçons, c’était grâce à lui. Il m’a ouvert plus de portes que n’importe qui dans la vraie vie.
J’ai toujours trouvé ridicule de pleurer sur des gens que l’on n’a jamais rencontrés… Ben n’empêche que j’ai mis à rude épreuve mon eyeliner cette année.
On rajoute à cela Prince et Sharon Jones et ce fut une vraie bonne année pour les ventes de mascara waterproof.

Mars. Week-end à Londres. Passage obligatoire par la comédie musicale Waterloo Sunset. “Je n’ai jamais rencontré une chanson des Kinks que je n’aimais pas”. Dix points de bonus à celle/celui qui sait d’où vient cette citation. Une semaine ou plus à écouter les Kinks en boucle… Que nous avons retrouvés en août pour ouvrir la soirée du mariage de deux amies.

En juin, Marion, ma binôme, amie, photographe, petite frisée, botteuse de cul professionnelle, m’a embarquée, que je le veuille ou non, au festival This Is Not A Love Song. La meilleure idée de l’année, je crois. Petite jauge, ambiance géniale entre passionnés, programmation de rêve. Je me suis éclatée devant Parquet Courts. Chialé ma race devant Air, au point qu’un vigile est venu me consoler (oui, il y a une VRAIE bonne ambiance), adoré Shellac et tant d’autres groupes…

 

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Juillet. Berlin. Sa biennale d’art contemporain dument honorée par les arts snobs que nous sommes. Tatouage Blackstar . Disquaires en masse. Quantité de vinyles ramenés à la maison.

Nouvel album de Divine Comedy. Places de concerts assurées pour janvier afin de voir enfin l’un de mes songwriters favoris avec Damon Albarn, Ray Davies, Lee Hazlewood et Jack White. Avoir mis longtemps à pleinement apprécier le génie de Neil Hannon et s’en sentir presque coupable (je suis très douée en culpabilité).

Aimer en vrac cette année Angel Olsen, le dernier Okervil River, l’enregistrement du casting de Lazarus, le best-of de Air, l’album de Nick Cave, l’ultime de Leonard Cohen (dont pourtant je n’ai jamais été fan), le foufou de Ty Segall, des vieilleries des eighties, un vieux Link Wray, une réédition de Warsaw et de Marquee Moon de Television, une énième version du premier Velvet Underground (j’ai acheté un régime d’album banane depuis mes 15 ans, je crois…), les Tigres du Futur, redécouvrir The Hot Rock de Sleater Kinney, des vieux Roxy Music, le nouveau Daniel Romano, des classiques de Prince et Aftermath des Stones, du Parquet Courts à gogo, et j’en oublie…

Jouer à je te prête mes bouquins de rock, tu me passes les tiens… Et se refiler Girls To The Front contre l’autobio de Dusty Springfield. Lire celles de Grace Jones ou Dave Stewart. Et surtout, lire le manuscrit de l’une, quelques paragraphes de celui d’un autre. Nos amis ont du talent, je ne cesse de le répéter.

Aller au vernissage de l’exposition photos de Marion et Muriel. Deux filles de Rock&Folk avec lesquelles j’ai eu le plaisir de bosser.

Voir beaucoup d’expos. La beat generation. Oscar Wilde. Araki. Di Rosa. Entre autres. Tenter sa chance dans les galeries… Se dire que si on avait des sous, genre plein, on ferait mécène au lieu d’acheter des grosses voitures et du bling.

Passer beaucoup, beaucoup de soirées et de dimanches à boire entre amis. Se dire que les semaines passent très vite. Ou pas, quand on attend le moment de voir les amis…

Filer quelques jours en août en pleine campagne sans wifi pendant que des copains enregistrent leur premier album. Se faire tatouer un chat un peu bancal et grumpy sur une phalange avec Marion sur les coups de 4 grammes du matin.

 

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Dire au revoir à Bettie, la pire et meilleure chatte du monde. Extirpée d’un égout, 17 ans à nous troller et nous aimer. Ne plus mettre les pieds dans le bureau où elle avait sa place depuis qu’elle est morte.

Adopter Yoda le chihuahua. Qui devait s’appeler Elvis, parce que bon, hein, c’est vachement ironique de donner à un mini-chien le nom d’une idole morte obèse… Et au final, laisser Thierry décréter que c’est Yoda, à cause de ses oreilles géantes. Réaliser qu’il était le tout petit machin rigolo qu’on attendait depuis longtemps.

Terminer l’année en osant se lancer dans ce qu’on n’osait plus… Refaire tout l’appartement en 2017. Prévoir de quitter la tanière pendant deux mois, avec des malles de fringues, de bouquins, de make-up et les bestiaux. Abandonner le style pop coloré pour ce que j’aime vraiment, du sobre scandinave froid, qui me ressemble au fond. Le début de l’année va être violent, mais avec un peu de chance, je me sentirai tellement mal que j’aurai besoin d’écrire. Voire de finir la fiction commencée cet été, délaissée depuis. Non, je déconne, faut quand même pas pousser…

 
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Attention, une spéciale népotisme sur le blog ! Geneviève n’est autre que la maman de Marion et Roland, son beau-père. La photo, évidemment, est de qui-vous-savez !

 

Geneviève
Pour moi, il était évident de choisir “Les Gens qui doutent” d’Anne Sylvestre. Il y en a bien d’autres qui me sont venues, parce que chez elle, je pense qu’il n’y a rien à jeter. J’aurais pu choisir “Non Tu n’as pas de nom”, c’était ma période féministe, en faveur de l’avortement, etc. Et je me suis dit que c’était très contextuel, encore que maintenant, vu les dangers qui menacent l’IVG… Mais pour moi, “Les Gens qui doutent” résume tout ce qui est important dans mes relations avec les autres, dans les relations humaines. Anne Sylvestre dit tout ce que j’aimerais dire. Comme je connais les paroles par cœur, je me la chante.
Quand il m’a pris l’envie de chanter, une folie au moment où j’ai arrêté de travailler, je me suis inscrite à un stage d’une semaine d’interprétation. Il fallait choisir trois chansons et parmi elles, j’ai pris “Les Gens qui doutent”. A la fin de la semaine, nous avons fait un petit spectacle et je l’ai chantée. Elle me fait toujours le même effet quand je l’écoute. J’adore surtout la conclusion, “et tant pis pour leurs fesses, qui ont fait ce qu’elles ont pu”.

 

La version de la chanson, interprétée par Geneviève :

 

Roland

Dans les années 1960, mon père avait une boutique dans une petite rue, presque une impasse dans le quartier de la Chapelle et le samedi, maman, qui avait passé la semaine dans son bureau, venait faire les inventaires, pour ranger un peu parce qu’il foutait du bazar tout le temps. Puis on allait à la piscine Hébert avec elle. Je nageais plus vite parce qu’elle avait eu la polio, je faisais deux allers-retours pendant qu’elle en faisait un. Ensuite, nous allions au café de la petite place à côté, elle prenait un thé-citron et moi, je ne sais plus, mais dans le juke-box, on écoutait toujours “La Bohème” de Charles Aznavour. Et chaque fois que j’entends cette chanson, je me revois exactement à ce café, plein de formica et de lumière. Je ne dirais pas que cette chanson me touche, mais elle me ramène tout le temps à cet endroit-là. Je ne sais même pas si je l’aime particulièrement, mais elle respire cette atmosphère…

 

 
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Même quand son modèle est de l’autre côté de l’Atlantique, Marion utilise son super pouvoir et l’immortalise…

J’ai été et suis producteur et bassiste dans des groupes depuis des années et ça m’est très difficile de choisir ma chanson préférée de tous les temps.
“Started From The Bottom” de Drake serait gagnante, mais je digresse. La chanson qui signifie le plus de choses pour moi depuis les vingt dernières années serait “’Stay (Faraway so close)” de U2. Je crois qu’elle a été écrite pour la suite du film de Wim Wenders, Les Ailes du Désir, sur l’univers des anges, le fait qu’ils sont autour de nous. Un ange tombe si amoureux d’une femme dans un cirque qu’il est prêt à renoncer à ses ailes et se retrouve sur terre pour vivre auprès d’elle pour le reste de sa vie.
Je l’ai entendue pile au moment où ma vie changeait énormément. Je m’étais marié pour la première fois et je n’étais pas sûr d’avoir bien fait. J’avais des sentiments forts pour une autre personne (imaginez Mulder et Scully), mais je ne pouvais pas aller plus loin. C’était déchirant. Je voyageais dans le monde entier (enfin, je commençais), en France, en Angleterre, à travers les Etats-Unis, j’avais quitté Washington D.C. pour New York. Tout changeait et d’une certaine façon, je voulais juste m’allonger, écouter cette chanson et souhaiter que tout reste, comme dans le titre. J’étais prêt, mais…
C’est ce que ce morceau signifie pour moi. De la beauté pure, désirer quelqu’un si fort qu’on en a mal au ventre…

 
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La fille canon, c’est Eugénie et la fille derrière le Canon, c’est Marion Ruszniewski. Marion et la portraitiste Muriel Delepont exposent toujours leurs œuvres à la Galerie Stardust, 19 Rue Notre Dame de Nazareth, 75003 Paris jusqu’au 15 octobre. Je dis ça, hein…

S’il n’en reste qu’une, ce serait “More Than This” de Roxy Music. J’ai découvert Bryan Ferry quand j’étais gamine avec mes parents, à l’époque de “Slave To Love”… Et après, en vieillissant, je me suis refait toute la discographie de Roxy Music et “More Than This”, c’est vraiment une chanson dont je ne me lasse pas. Elle date de 1982, elle figure sur le dernier album qu’a sorti Roxy Music, mais elle est intemporelle, elle ne sonne pas du tout new wave, elle a un côté moderne et elle est vraiment associée à des moments heureux dans ma vie, des moments de fête. Il n’y a pas une soirée chez moi ou chez des amis quand j’ai accès à une platine où je ne la passe pas, parce qu’elle me fait partir sur une autre planète.

Sa structure est assez bizarre. Il y a une minute de partie instrumentale alors que c’est un single… D’ailleurs, c’est cette partie que je préfère. Cette dernière minute instrumentale avec le clavier qui pourrait sonner eighties, mais est moderne et intemporel.

Je sais que si un jour je devais me marier, ce serait sur cette chanson-là que je voudrais rentrer dans la mairie ou ouvrir le bal. C’est vraiment une chanson d’amour, elle a quelque chose de joyeux, d’un brin mélancolique – un brin seulement. Et Bryan Ferry a cette image glam rock, de personnage qui m’a fasciné quand j’étais plus jeune. Il continue d’ailleurs, malgré son côté vieux beau maintenant. Il reste un mec hyper classe. Je me souviens que les pochettes de Roxy Music me fascinaient, avec leur sophistication et ces nanas sorties de nulle part, tellement elles sont sublimes. C’était sophistiqué et un peu trash, aussi. C’est un groupe que j’adore en résumé…

 
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Metro Verlaine

Charlie, la bouteille de Badoit (eh oui, petit scarabée, les rockers ne boivent pas que de la bière) et Arthur ont été saisis dans le feu de l’action par the ever wonderful Marion Ruszniewski. En ce moment, elle expose ses œuvres à la Galerie Stardust, 19 Rue Notre Dame de Nazareth, 75003 Paris. Allez-y, c’est canon !

Charlie
Je pense à une chanson que je pourrais écouter tous les matins, les après-midi et les soirs et me sentir bien et cool à chaque fois. Ce serait “Manish Boy” de Muddy Waters. Mon père me l’a fait découvrir, ainsi que Sonic Youth, Richard Hell, le jazz, le blues, le punk, c’est lui qui m’a fait écouter Marquee Moon. Je crois qu’il a toujours passé cette chanson, mais j’y ai prêté attention quand j’étais adolescent. Je ne sais pas pourquoi “Manish Boy” en particulier, mais elle est très cool, très sauvage, brute, pleine d’émotions. Dans cette forme primitive, elle transcende des morceaux qui ont plus d’instrumentation.

Arthur
S’il n’en reste qu’une, c’est “Michicant” de Bon Iver. J’ai découvert ce titre il y a quelques années, j’avais écouté son premier album qu’il avait fait tout seul. Et là, c’est sa deuxième expérience, il bosse en groupe pour la première fois, même s’il avait déjà arrangé plein de choses pour d’autres gens. C’est la première fois de ma vie que je me suis dit, ok, une chanson ça a plusieurs lectures… Enfin, celle-là m’a ouvert sur plein de trucs. On écoute d’abord la mélodie, ce qu’il se passe au premier plan et plus on l’écoute, plus on découvre de choses. C’est tri-dimensionnel. Je dois l’écouter quinze, vingt fois par semaine et j’y trouve toujours des petits détails, des petites conneries au fond. Il a une vraie habileté à amener des ambiances et une très grosse capacité à créer des mélodies. Je connaissais l’artiste, une amie me l’avait fait découvrir et j’ai tout de suite adhéré. Il n’y a aucun mauvais moment pour écouter Bon Iver… Je ne m’en lasserai probablement jamais. Il y a quelque chose d’un peu magique avec ce mec.

 
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Metro Verlaine

Une fois n’est pas coutume, c’est un groupe au complet qui nous a parlé de sa chanson fétiche ultime préférée de tous les temps pour l’éternité. Mais ce qui ne change pas, c’est Marion derrière l’appareil photo. De gauche à droite, Romain, Raphaëlle, Axel et Joe.

Romain
Ce serait une reprise live de “Let’s Get It On” de Marvin Gaye par Maceo Parker. J’ai un parcours musical assez varié. En tant que bassiste, je suis arrivé dans la musique avec la funk-soul et j’ai découvert petit à petit le rock’n’roll. Mais j’ai vraiment grandi et appris la basse avec tout ce qui groove et est vraiment funky. Je ne sais pas vraiment comment j’ai découvert ce morceau, ce devait être dans tous ces échanges avec ces zicos à l’époque où on se retrouvait à jammer la nuit. J’ai vraiment été inspiré par les grands techniciens, genre Victor Wooten, Marcus Miller, etc., sans dire que j’en écouterais tout le temps. Et j’en suis venu à Maceo Parker… Sur cette version live, il joue avec Fred Wesley au trombone et est entouré d’une sacrée équipe de musiciens. La chanson a déjà ce côté sexy, mais dans cette reprise, il n’y a pas de chant. C’est Maceo qui chante avec son saxophone. C’est sax ténor, sax baryton, basse, trombone, guitare, claviers et batterie, ça se complète, tu te laisses juste porter par cette sensualité et ce groove. Et ça me plaît pas mal.

Raphaëlle
Ce serait “Ain’t Got No, I Got Life” de Nina Simone. J’écoute beaucoup de soul, mais cette chanson-là me touche particulièrement compte tenu du contexte politique. La voix de Nina Simone me touche aussi, ainsi que toute sa carrière, ce style qu’elle a inventé, car pour moi, elle a inventé quelque chose. J’ai lu une biographie et en tombant sur ce passage qui parle du début de son engagement avec les Black Panthers, j’ai voulu l’écouter ce titre. Je le mets quand je déprime, quand je suis en voiture et que je pense à autre chose… Je la chante aussi. Je n’ai pas pensé à la reprendre sur scène, je n’en ai pas envie, je vais la laisser où elle est, elle y est très bien…

Axel
S’il n’en restait qu’une, ce serait “Boys Don’t Cry” de Cure. J’ai longuement hésité, mais je me suis rendu compte que ce serait la chanson pop parfaite à mes yeux, celle qui pourrait nous faire danser, pleurer, être heureux ou juste que je pourrais foutre dans ma bagnole. Et c’est la chanson la plus décalée de Cure, mon groupe préféré. Elle n’est ni sombre, ni trop axée sur la voix et complètement ironique. Et voir les Cure faire des chansons ironiques ça devient drôle. Ma découverte des Cure est une très sombre histoire. Avant de me lancer à corps perdu dans la musique, j’étais un fanatique de football, mais avec un peu de classe tout de même, toujours le col relevé à la Cantona c’est très important. Et un jour de décembre, je me suis fait écraser par une voiture et j’ai failli passer le reste de mes jours dans un fauteuil roulant. J’avais 13 ans, j’étais à l’hôpital et mon père est venu me voir en me disant, “ni maman, ni moi ne pouvons dormir à l’hôpital avec toi, mais je vais te donner un disque et un lecteur CD et tu vas l’écouter à chaque fois que tu seras triste”. Et j’ai écouté Cure toute la nuit. La chanson qui m’a le plus fait oublier où j’étais, en ne sachant pas si je pourrais remarcher ou plus important, jouer au foot, c’était “Boys Don’t Cry”, parce qu’elle est tellement enjouée sans l’être. Et même sans comprendre l’anglais, j’étais bien.

Joe
Pour moi, ce serait “Original Man” du groupe Riff Raff. Avant d’intégrer Metro Verlaine, j’étais à fond dans les années 1960-70. J’avais un blog et j’allais chercher des sources sur un site où il y avait plein de choses à télécharger. Je choisissais les styles, je téléchargeais vraiment beaucoup, beaucoup, beaucoup de musique – légalement (rires). Et je suis tombé sur cet album-là, qui date de 1974, je crois. Le style du groupe est plutôt jazz-rock, les autres morceaux sont inaudibles, mais celui-là, je l’ai écouté en boucle une dizaine de fois, parce qu’il m’a touché vraiment au cœur et m’a transporté. C’est une chanson hyper mélancolique, elle est très simple alors que les mecs sont de gros techniciens. Mais sur “Original Man”, on les sent dans la retenue pour ne laisser que l’émotion passer. C’est la chanson que je veux qu’on passe avant de me mettre sous terre, qu’on m’incinère ou qu’on m’envoie dans une capsule dans l’espace…

 
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Kevin Robert Thomson

La photo est signée Marion, la petite frisée à l’œil affuté.

Si je devais plus n’écouter qu’une chanson en boucle, ce serait “The Friend Catcher” de Birthday Party, parce que la leçon de guitare donnée par Roland S. Howard est sans doute la meilleure que j’ai reçue de ma vie. J’aime la réaction que j’ai eue face aux sons qu’il produisait. J’ai réalisé à ce moment que ce qui comptait le plus n’était pas la façon dont je pouvais faire bouger mes doigts ou apprendre toutes les notes sur le manche, mais que c’était une question de feeling qui se transmettait par le biais d’une guitare électrique.

Bien sûr, il y a aussi quelque chose de sentimental. C’est un ami très cher qui m’a fait écouter ce petit 45 tours. Il avait dix ans de plus que moi, il m’apprenait à jouer de la guitare avec beaucoup de patience, en me faisant découvrir des disques. Il ne disait rien, il mettait simplement un disque, sans ajouter le moindre jugement. Il me disait juste, tiens, écoute ça.“The Friend Catcher” m’a fait l’effet de me prendre un camion en pleine face. Je pourrais citer beaucoup d’autres groupes, mais comme je n’ai le droit qu’à un morceau, j’ai choisi celui-là.

Il m’a vraiment donné envie de jouer de la guitare, de vraiment jouer, de façon à m’exprimer, sans me laisser influencer par d’autres. J’ai voulu être singulier à ce moment-là. Je trouvais que ce que faisait Roland S. Howard était singulier. Pour moi, il était évident qu’il s’exprimait d’une façon unique et j’espère qu’un jour, quand je serais grand, je serais comme lui.

 
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Publié le 8 juin 2016, par dans blabla.

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Crédit photo : Marion « Petite Frisée » Ruszniewski, ma binôme de festival

Depuis la première édition du TINALS (le petit nom de This Is Not A Love Song – je peux l’utiliser maintenant, on est potes), l’affiche donne envie de prendre le premier train pour Nîmes. Mission enfin accomplie cette année, malgré la mauvaise volonté de la SNCF, décidée à organiser une empoignade générale à la Gare de Lyon, vrai moment de grâce pour agoraphobe…
Ci-dessous, les dix raisons d’y faire un tour l’an prochain, enfin pas tous à la fois quand même, je vous rappelle que je n’aime pas la grosse foule !

1. La programmation : la première raison d’aller en festival ne devrait jamais être « c’est chouette, on va aller boire des bières en plein air entre potes », mais un coup d’œil à l’affiche. Et celle du TINALS est canon chaque année. Par exemple, un festival 2016 sans Les Insus et Louise Attaque Tous Aux Abris, c’est de l’inédit, il fallait en profiter. Et avec en vrac, Ty Segall & The Muggers, Shellac, Air, Parquet Courts, Lush, Tortoise et un paquet d’autres, comment dire… ? ah oui, c’est devenu trop rare, à l’ère des grosses machines qui proposent toutes la même affiche consensuelle, à de micro variantes près. Tiens, c’est à croire qu’au TINALS, on pense à la musique d’abord, à l’aspect financier après.

2. Le prix des places : même si je suis invitée, je regarde toujours le prix des places. Histoire de voir si on se paie ou pas la tronche du festivalier lambda qui, contrairement à moi, n’aura pas droit à un pass laminé en sautoir avec sa photo dessus donnant l’accès aux toilettes VIP. TINALS, c’est 25€ la journée, soit la moitié de pas mal des grosses machines sus-citées avec les Insus et Louise Attaque Tous Aux Abris à l’affiche.

3. La taille : je sais, la taille ne compte pas. Sauf quand il s’agit de choisir des vêtements ou un festival. Dans les deux cas, j’opte pour le small, question de confort. TINALS, c’était 4000 personnes par jour pour cette quatrième édition. Un bonheur. Parce qu’il est possible de voir les concerts dans de bonnes conditions, de retrouver aisément ses amis, de ne pas faire la queue une plombe pour boire ou éliminer une bière et comme le réseau téléphonique n’est pas saturé, on peut tweeter ses impressions et poster des selfies en couronne de fleurs sur Instagram, histoire de narguer les amis restés à Paris.

4. La situation géographique : Nîmes, c’est trois heures de TGV depuis Paris et la garantie, à coup presque sûr, de ne pas passer trois jours de TINALS en K-way et bottes d’égoutier, à éviter les bains de boue. Il semble même que les humains n’étant pas dotés d’une peau de vampire peuvent bronzer là-bas…

5. Le site : une grande et une petite scène (avec des concerts gratuits l’après-midi) en extérieur, un petit club et une grosse salle à l’intérieur encadrant un patio avec un bar, des gros coussins éparpillés dehors à côté d’un troupeau de flamands roses et des transats à l’ombre pour se relaxer… Pas besoin de parcourir des kilomètres pour passer d’un concert à l’autre et ça tombe bien, puisqu’il y en a souvent deux, voire trois à la fois dans des créneaux horaires assez proches.

6. L’ambiance : détendue, à mi-chemin entre colonie de vacances pour grands gosses et garden party forte en décibels. Il y a des ateliers pour fabriquer des badges ou sa couronne de fleurs, l’accessoire indispensable pour se la jouer Coachella (ou Coachelley dans mon cas), des jeux de plein air (voir un festivalier imbibé faire du hoola-hop ça n’a pas de prix), une cabine photos gratuite pour se tirer le portrait entre amis (non homologuée pour les photos de passeport, précision utile à l’attention des radins), etc. Pendant trois jours, j’ai craint pour ma réputation de Grumpy Cat…

7. La chapelle de mariage : oui, petit festivalier plein d’amour, de bonnes vibrations et de boisson houblonnée, tu peux convoler au TINALS. Un Elvis presque vrai unit au nom de Saint Paul, Saint John, Saint George et Saint Ringo, tout ce qui bouge ou pas. Nous avons assisté à des scènes de décadence absolue : des garçons en robe blanche épousant leur dulcinée en nœud papillon, des gens se mariant à 5, 6 ou 7, voire à des objets… De quoi filer des AVC à la Manif pour Tous (apparemment, c’est un des objectifs secrets de l’animation…) J’en ai profité pour m’unir à Marion et deux copines. En robe sixties à se damner, même si elle n’était pas noire.

8. Le public : à l’inverse de celui des grandes messes en plein air, souvent là pour déconner entre copains et, éventuellement, se cogner les Insus et Louise Attaque Tous Aux Abris en fond sonore, le public du TINALS est motivé et vient là, oui, c’est dingue, pour voir et écouter des groupes. J’ai assisté à des concerts entiers sans être bousculée toutes les trente secondes par un déshydraté chronique trimballant quatre pintes. Ok, j’avoue qu’il n’y avait pas que des amateurs éclairés dans le public. Ou alors, ce couple interloqué disant, quand Air a débarqué sur scène « Tiens, ils n’ont plus leurs casques » avant de se barrer après un morceau, m’a bien trollée…

9. Le public, bis : un phénomène étrange s’est produit à TINALS. Je n’ai pas croisé Drapeauman ou la Crêpe Humaine, deux incontournables des grandes messes en plein air. Ont-ils été découragés par les grèves ? Les intempéries récentes ? Ont-ils préféré We Love Green qui avait lieu le même week-end ? S’ils me lisent, je les invite à venir l’an prochain, parce qu’une Crêpe Humaine, avachie entre un bouquet de flamands roses, ça aurait de la gueule quand même !

10. La passion : un festival pour des passionnés, organisé par des passionnés, ça se sent. Sur le mini-village du site, par exemple, on trouvait un vrai stand de disques, tout vinyles, bien sûr, à prix raisonnables plutôt que des marchands de merdouilles n’ayant qu’un rapport très lointain avec la musique. C’est un détail, peut-être, mais en festival, je trouve cela aussi essentiel que les food trucks et les bars. Après fouinage approfondi dans les bacs, il ne s’agissait pas que des albums des artistes à l’affiche, loin de là…

Ce billet n’a été absolument pas sponsorisé, même si la presse a été invitée à un apéro-débriefing par les organisateurs du TINALS. (Oui, c’était open-bar, ce qui a sans doute creusé un cratère dans le budget de l’an prochain.) Mais, eh, fuck, c’est mon blog, j’y écris ce que je veux et, pour une fois, au lieu de râler, j’avais envie de faire mon Bisounours. (Si vous me cherchez au rayon jouet, je suis le Bisounours habillé en noir, avec une clope et un verre brodés sur mon ventre en peluche.)