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The Kills

Le portrait est signé Marion. L’idée de rencontrer ces deux-là, avant leur concert à l’Olympia aussi.

 

Jamie : S’il ne reste qu’une seule chanson ? C’est injuste ! Ce sera un morceau de Lee Scratch Perry, “I am The Upsetter”. Lee Scratch Perry représente beaucoup de choses pour moi. Je le choisis en tant qu’artiste, parce qu’il est l’un de mes producteurs, songwriters et cinglé favori. Il est phénoménal. Je ne me lasse jamais de cette chanson, elle est très simple et elle me donne tellement de plaisir… Je peux danser dessus, la chanter, la jouer. Peu importe mon humeur, quand je la mets, je me sens bien.

 

 

Alison : Pour moi, ce serait “Zig Zag Wanderer” de Captain Beefheart. Je suis toujours heureuse de l’écouter. Jamie me l’a fait découvrir. Il faisait mon éducation musicale et me passait plein de disques… mais juste trois secondes. Et j’ai voulu écouter celle-là jusqu’au bout.

 

 
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Publié le 27 décembre 2016, par dans Non classé.

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11 janvier au matin. Je n’oublierai jamais et pourtant, j’ai la mémoire d’un poisson rouge atteint d’Alzheimer…
Le 8 janvier, j’avais mis au point un plan d’invasion des disquaires indépendants. Ma mission : acheter Blackstar, l’album expérimental de Bowie. Consciente que les disquaires indés n’en auraient que trois exemplaires en vinyle, j’avais établi un itinéraire. Je l’ai trouvé chez le premier. Ce qui ne nous a pas empêché d’aller chez un second, histoire d’acheter d’autres disques. Tout le week-end, nous avons écouté Blackstar. Seuls. Avec des amis. Le dimanche 10, le brunch s’est terminé tard. Vers 23 heures. Quelques bouteilles avaient succombé. Nous sommes allés nous coucher. Ravis que Bowie ait enregistré un putain de chef-d’œuvre ambitieux à l’âge où ses confrères pantouflent, relèvent les compteurs et font des tournées spécial troisième âge avec parking à déambulateurs si besoin.
J’ai dessaoulé direct le 11 au matin à 7 heures.
Je n’avais jamais pensé qu’il puisse mourir. Pas avant moi, du moins. Ça fait des années que je fais tout pour ne pas m’attarder indument ici.

Si j’ai décidé un jour d’écrire sur la musique, c’était dans l’espoir de le rencontrer (tout en ne voulant surtout pas le faire…). Si j’ai compris que je pouvais aimer les filles et les garçons, c’était grâce à lui. Il m’a ouvert plus de portes que n’importe qui dans la vraie vie.
J’ai toujours trouvé ridicule de pleurer sur des gens que l’on n’a jamais rencontrés… Ben n’empêche que j’ai mis à rude épreuve mon eyeliner cette année.
On rajoute à cela Prince et Sharon Jones et ce fut une vraie bonne année pour les ventes de mascara waterproof.

Mars. Week-end à Londres. Passage obligatoire par la comédie musicale Waterloo Sunset. “Je n’ai jamais rencontré une chanson des Kinks que je n’aimais pas”. Dix points de bonus à celle/celui qui sait d’où vient cette citation. Une semaine ou plus à écouter les Kinks en boucle… Que nous avons retrouvés en août pour ouvrir la soirée du mariage de deux amies.

En juin, Marion, ma binôme, amie, photographe, petite frisée, botteuse de cul professionnelle, m’a embarquée, que je le veuille ou non, au festival This Is Not A Love Song. La meilleure idée de l’année, je crois. Petite jauge, ambiance géniale entre passionnés, programmation de rêve. Je me suis éclatée devant Parquet Courts. Chialé ma race devant Air, au point qu’un vigile est venu me consoler (oui, il y a une VRAIE bonne ambiance), adoré Shellac et tant d’autres groupes…

 

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Juillet. Berlin. Sa biennale d’art contemporain dument honorée par les arts snobs que nous sommes. Tatouage Blackstar . Disquaires en masse. Quantité de vinyles ramenés à la maison.

Nouvel album de Divine Comedy. Places de concerts assurées pour janvier afin de voir enfin l’un de mes songwriters favoris avec Damon Albarn, Ray Davies, Lee Hazlewood et Jack White. Avoir mis longtemps à pleinement apprécier le génie de Neil Hannon et s’en sentir presque coupable (je suis très douée en culpabilité).

Aimer en vrac cette année Angel Olsen, le dernier Okervil River, l’enregistrement du casting de Lazarus, le best-of de Air, l’album de Nick Cave, l’ultime de Leonard Cohen (dont pourtant je n’ai jamais été fan), le foufou de Ty Segall, des vieilleries des eighties, un vieux Link Wray, une réédition de Warsaw et de Marquee Moon de Television, une énième version du premier Velvet Underground (j’ai acheté un régime d’album banane depuis mes 15 ans, je crois…), les Tigres du Futur, redécouvrir The Hot Rock de Sleater Kinney, des vieux Roxy Music, le nouveau Daniel Romano, des classiques de Prince et Aftermath des Stones, du Parquet Courts à gogo, et j’en oublie…

Jouer à je te prête mes bouquins de rock, tu me passes les tiens… Et se refiler Girls To The Front contre l’autobio de Dusty Springfield. Lire celles de Grace Jones ou Dave Stewart. Et surtout, lire le manuscrit de l’une, quelques paragraphes de celui d’un autre. Nos amis ont du talent, je ne cesse de le répéter.

Aller au vernissage de l’exposition photos de Marion et Muriel. Deux filles de Rock&Folk avec lesquelles j’ai eu le plaisir de bosser.

Voir beaucoup d’expos. La beat generation. Oscar Wilde. Araki. Di Rosa. Entre autres. Tenter sa chance dans les galeries… Se dire que si on avait des sous, genre plein, on ferait mécène au lieu d’acheter des grosses voitures et du bling.

Passer beaucoup, beaucoup de soirées et de dimanches à boire entre amis. Se dire que les semaines passent très vite. Ou pas, quand on attend le moment de voir les amis…

Filer quelques jours en août en pleine campagne sans wifi pendant que des copains enregistrent leur premier album. Se faire tatouer un chat un peu bancal et grumpy sur une phalange avec Marion sur les coups de 4 grammes du matin.

 

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Dire au revoir à Bettie, la pire et meilleure chatte du monde. Extirpée d’un égout, 17 ans à nous troller et nous aimer. Ne plus mettre les pieds dans le bureau où elle avait sa place depuis qu’elle est morte.

Adopter Yoda le chihuahua. Qui devait s’appeler Elvis, parce que bon, hein, c’est vachement ironique de donner à un mini-chien le nom d’une idole morte obèse… Et au final, laisser Thierry décréter que c’est Yoda, à cause de ses oreilles géantes. Réaliser qu’il était le tout petit machin rigolo qu’on attendait depuis longtemps.

Terminer l’année en osant se lancer dans ce qu’on n’osait plus… Refaire tout l’appartement en 2017. Prévoir de quitter la tanière pendant deux mois, avec des malles de fringues, de bouquins, de make-up et les bestiaux. Abandonner le style pop coloré pour ce que j’aime vraiment, du sobre scandinave froid, qui me ressemble au fond. Le début de l’année va être violent, mais avec un peu de chance, je me sentirai tellement mal que j’aurai besoin d’écrire. Voire de finir la fiction commencée cet été, délaissée depuis. Non, je déconne, faut quand même pas pousser…

 
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Attention, une spéciale népotisme sur le blog ! Geneviève n’est autre que la maman de Marion et Roland, son beau-père. La photo, évidemment, est de qui-vous-savez !

 

Geneviève
Pour moi, il était évident de choisir “Les Gens qui doutent” d’Anne Sylvestre. Il y en a bien d’autres qui me sont venues, parce que chez elle, je pense qu’il n’y a rien à jeter. J’aurais pu choisir “Non Tu n’as pas de nom”, c’était ma période féministe, en faveur de l’avortement, etc. Et je me suis dit que c’était très contextuel, encore que maintenant, vu les dangers qui menacent l’IVG… Mais pour moi, “Les Gens qui doutent” résume tout ce qui est important dans mes relations avec les autres, dans les relations humaines. Anne Sylvestre dit tout ce que j’aimerais dire. Comme je connais les paroles par cœur, je me la chante.
Quand il m’a pris l’envie de chanter, une folie au moment où j’ai arrêté de travailler, je me suis inscrite à un stage d’une semaine d’interprétation. Il fallait choisir trois chansons et parmi elles, j’ai pris “Les Gens qui doutent”. A la fin de la semaine, nous avons fait un petit spectacle et je l’ai chantée. Elle me fait toujours le même effet quand je l’écoute. J’adore surtout la conclusion, “et tant pis pour leurs fesses, qui ont fait ce qu’elles ont pu”.

 

La version de la chanson, interprétée par Geneviève :

 

Roland

Dans les années 1960, mon père avait une boutique dans une petite rue, presque une impasse dans le quartier de la Chapelle et le samedi, maman, qui avait passé la semaine dans son bureau, venait faire les inventaires, pour ranger un peu parce qu’il foutait du bazar tout le temps. Puis on allait à la piscine Hébert avec elle. Je nageais plus vite parce qu’elle avait eu la polio, je faisais deux allers-retours pendant qu’elle en faisait un. Ensuite, nous allions au café de la petite place à côté, elle prenait un thé-citron et moi, je ne sais plus, mais dans le juke-box, on écoutait toujours “La Bohème” de Charles Aznavour. Et chaque fois que j’entends cette chanson, je me revois exactement à ce café, plein de formica et de lumière. Je ne dirais pas que cette chanson me touche, mais elle me ramène tout le temps à cet endroit-là. Je ne sais même pas si je l’aime particulièrement, mais elle respire cette atmosphère…

 

 
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Même quand son modèle est de l’autre côté de l’Atlantique, Marion utilise son super pouvoir et l’immortalise…

J’ai été et suis producteur et bassiste dans des groupes depuis des années et ça m’est très difficile de choisir ma chanson préférée de tous les temps.
“Started From The Bottom” de Drake serait gagnante, mais je digresse. La chanson qui signifie le plus de choses pour moi depuis les vingt dernières années serait “’Stay (Faraway so close)” de U2. Je crois qu’elle a été écrite pour la suite du film de Wim Wenders, Les Ailes du Désir, sur l’univers des anges, le fait qu’ils sont autour de nous. Un ange tombe si amoureux d’une femme dans un cirque qu’il est prêt à renoncer à ses ailes et se retrouve sur terre pour vivre auprès d’elle pour le reste de sa vie.
Je l’ai entendue pile au moment où ma vie changeait énormément. Je m’étais marié pour la première fois et je n’étais pas sûr d’avoir bien fait. J’avais des sentiments forts pour une autre personne (imaginez Mulder et Scully), mais je ne pouvais pas aller plus loin. C’était déchirant. Je voyageais dans le monde entier (enfin, je commençais), en France, en Angleterre, à travers les Etats-Unis, j’avais quitté Washington D.C. pour New York. Tout changeait et d’une certaine façon, je voulais juste m’allonger, écouter cette chanson et souhaiter que tout reste, comme dans le titre. J’étais prêt, mais…
C’est ce que ce morceau signifie pour moi. De la beauté pure, désirer quelqu’un si fort qu’on en a mal au ventre…

 
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La fille canon, c’est Eugénie et la fille derrière le Canon, c’est Marion Ruszniewski. Marion et la portraitiste Muriel Delepont exposent toujours leurs œuvres à la Galerie Stardust, 19 Rue Notre Dame de Nazareth, 75003 Paris jusqu’au 15 octobre. Je dis ça, hein…

S’il n’en reste qu’une, ce serait “More Than This” de Roxy Music. J’ai découvert Bryan Ferry quand j’étais gamine avec mes parents, à l’époque de “Slave To Love”… Et après, en vieillissant, je me suis refait toute la discographie de Roxy Music et “More Than This”, c’est vraiment une chanson dont je ne me lasse pas. Elle date de 1982, elle figure sur le dernier album qu’a sorti Roxy Music, mais elle est intemporelle, elle ne sonne pas du tout new wave, elle a un côté moderne et elle est vraiment associée à des moments heureux dans ma vie, des moments de fête. Il n’y a pas une soirée chez moi ou chez des amis quand j’ai accès à une platine où je ne la passe pas, parce qu’elle me fait partir sur une autre planète.

Sa structure est assez bizarre. Il y a une minute de partie instrumentale alors que c’est un single… D’ailleurs, c’est cette partie que je préfère. Cette dernière minute instrumentale avec le clavier qui pourrait sonner eighties, mais est moderne et intemporel.

Je sais que si un jour je devais me marier, ce serait sur cette chanson-là que je voudrais rentrer dans la mairie ou ouvrir le bal. C’est vraiment une chanson d’amour, elle a quelque chose de joyeux, d’un brin mélancolique – un brin seulement. Et Bryan Ferry a cette image glam rock, de personnage qui m’a fasciné quand j’étais plus jeune. Il continue d’ailleurs, malgré son côté vieux beau maintenant. Il reste un mec hyper classe. Je me souviens que les pochettes de Roxy Music me fascinaient, avec leur sophistication et ces nanas sorties de nulle part, tellement elles sont sublimes. C’était sophistiqué et un peu trash, aussi. C’est un groupe que j’adore en résumé…

 
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Metro Verlaine

Charlie, la bouteille de Badoit (eh oui, petit scarabée, les rockers ne boivent pas que de la bière) et Arthur ont été saisis dans le feu de l’action par the ever wonderful Marion Ruszniewski. En ce moment, elle expose ses œuvres à la Galerie Stardust, 19 Rue Notre Dame de Nazareth, 75003 Paris. Allez-y, c’est canon !

Charlie
Je pense à une chanson que je pourrais écouter tous les matins, les après-midi et les soirs et me sentir bien et cool à chaque fois. Ce serait “Manish Boy” de Muddy Waters. Mon père me l’a fait découvrir, ainsi que Sonic Youth, Richard Hell, le jazz, le blues, le punk, c’est lui qui m’a fait écouter Marquee Moon. Je crois qu’il a toujours passé cette chanson, mais j’y ai prêté attention quand j’étais adolescent. Je ne sais pas pourquoi “Manish Boy” en particulier, mais elle est très cool, très sauvage, brute, pleine d’émotions. Dans cette forme primitive, elle transcende des morceaux qui ont plus d’instrumentation.

Arthur
S’il n’en reste qu’une, c’est “Michicant” de Bon Iver. J’ai découvert ce titre il y a quelques années, j’avais écouté son premier album qu’il avait fait tout seul. Et là, c’est sa deuxième expérience, il bosse en groupe pour la première fois, même s’il avait déjà arrangé plein de choses pour d’autres gens. C’est la première fois de ma vie que je me suis dit, ok, une chanson ça a plusieurs lectures… Enfin, celle-là m’a ouvert sur plein de trucs. On écoute d’abord la mélodie, ce qu’il se passe au premier plan et plus on l’écoute, plus on découvre de choses. C’est tri-dimensionnel. Je dois l’écouter quinze, vingt fois par semaine et j’y trouve toujours des petits détails, des petites conneries au fond. Il a une vraie habileté à amener des ambiances et une très grosse capacité à créer des mélodies. Je connaissais l’artiste, une amie me l’avait fait découvrir et j’ai tout de suite adhéré. Il n’y a aucun mauvais moment pour écouter Bon Iver… Je ne m’en lasserai probablement jamais. Il y a quelque chose d’un peu magique avec ce mec.

 
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Metro Verlaine

Une fois n’est pas coutume, c’est un groupe au complet qui nous a parlé de sa chanson fétiche ultime préférée de tous les temps pour l’éternité. Mais ce qui ne change pas, c’est Marion derrière l’appareil photo. De gauche à droite, Romain, Raphaëlle, Axel et Joe.

Romain
Ce serait une reprise live de “Let’s Get It On” de Marvin Gaye par Maceo Parker. J’ai un parcours musical assez varié. En tant que bassiste, je suis arrivé dans la musique avec la funk-soul et j’ai découvert petit à petit le rock’n’roll. Mais j’ai vraiment grandi et appris la basse avec tout ce qui groove et est vraiment funky. Je ne sais pas vraiment comment j’ai découvert ce morceau, ce devait être dans tous ces échanges avec ces zicos à l’époque où on se retrouvait à jammer la nuit. J’ai vraiment été inspiré par les grands techniciens, genre Victor Wooten, Marcus Miller, etc., sans dire que j’en écouterais tout le temps. Et j’en suis venu à Maceo Parker… Sur cette version live, il joue avec Fred Wesley au trombone et est entouré d’une sacrée équipe de musiciens. La chanson a déjà ce côté sexy, mais dans cette reprise, il n’y a pas de chant. C’est Maceo qui chante avec son saxophone. C’est sax ténor, sax baryton, basse, trombone, guitare, claviers et batterie, ça se complète, tu te laisses juste porter par cette sensualité et ce groove. Et ça me plaît pas mal.

Raphaëlle
Ce serait “Ain’t Got No, I Got Life” de Nina Simone. J’écoute beaucoup de soul, mais cette chanson-là me touche particulièrement compte tenu du contexte politique. La voix de Nina Simone me touche aussi, ainsi que toute sa carrière, ce style qu’elle a inventé, car pour moi, elle a inventé quelque chose. J’ai lu une biographie et en tombant sur ce passage qui parle du début de son engagement avec les Black Panthers, j’ai voulu l’écouter ce titre. Je le mets quand je déprime, quand je suis en voiture et que je pense à autre chose… Je la chante aussi. Je n’ai pas pensé à la reprendre sur scène, je n’en ai pas envie, je vais la laisser où elle est, elle y est très bien…

Axel
S’il n’en restait qu’une, ce serait “Boys Don’t Cry” de Cure. J’ai longuement hésité, mais je me suis rendu compte que ce serait la chanson pop parfaite à mes yeux, celle qui pourrait nous faire danser, pleurer, être heureux ou juste que je pourrais foutre dans ma bagnole. Et c’est la chanson la plus décalée de Cure, mon groupe préféré. Elle n’est ni sombre, ni trop axée sur la voix et complètement ironique. Et voir les Cure faire des chansons ironiques ça devient drôle. Ma découverte des Cure est une très sombre histoire. Avant de me lancer à corps perdu dans la musique, j’étais un fanatique de football, mais avec un peu de classe tout de même, toujours le col relevé à la Cantona c’est très important. Et un jour de décembre, je me suis fait écraser par une voiture et j’ai failli passer le reste de mes jours dans un fauteuil roulant. J’avais 13 ans, j’étais à l’hôpital et mon père est venu me voir en me disant, “ni maman, ni moi ne pouvons dormir à l’hôpital avec toi, mais je vais te donner un disque et un lecteur CD et tu vas l’écouter à chaque fois que tu seras triste”. Et j’ai écouté Cure toute la nuit. La chanson qui m’a le plus fait oublier où j’étais, en ne sachant pas si je pourrais remarcher ou plus important, jouer au foot, c’était “Boys Don’t Cry”, parce qu’elle est tellement enjouée sans l’être. Et même sans comprendre l’anglais, j’étais bien.

Joe
Pour moi, ce serait “Original Man” du groupe Riff Raff. Avant d’intégrer Metro Verlaine, j’étais à fond dans les années 1960-70. J’avais un blog et j’allais chercher des sources sur un site où il y avait plein de choses à télécharger. Je choisissais les styles, je téléchargeais vraiment beaucoup, beaucoup, beaucoup de musique – légalement (rires). Et je suis tombé sur cet album-là, qui date de 1974, je crois. Le style du groupe est plutôt jazz-rock, les autres morceaux sont inaudibles, mais celui-là, je l’ai écouté en boucle une dizaine de fois, parce qu’il m’a touché vraiment au cœur et m’a transporté. C’est une chanson hyper mélancolique, elle est très simple alors que les mecs sont de gros techniciens. Mais sur “Original Man”, on les sent dans la retenue pour ne laisser que l’émotion passer. C’est la chanson que je veux qu’on passe avant de me mettre sous terre, qu’on m’incinère ou qu’on m’envoie dans une capsule dans l’espace…

 
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Kevin Robert Thomson

La photo est signée Marion, la petite frisée à l’œil affuté.

Si je devais plus n’écouter qu’une chanson en boucle, ce serait “The Friend Catcher” de Birthday Party, parce que la leçon de guitare donnée par Roland S. Howard est sans doute la meilleure que j’ai reçue de ma vie. J’aime la réaction que j’ai eue face aux sons qu’il produisait. J’ai réalisé à ce moment que ce qui comptait le plus n’était pas la façon dont je pouvais faire bouger mes doigts ou apprendre toutes les notes sur le manche, mais que c’était une question de feeling qui se transmettait par le biais d’une guitare électrique.

Bien sûr, il y a aussi quelque chose de sentimental. C’est un ami très cher qui m’a fait écouter ce petit 45 tours. Il avait dix ans de plus que moi, il m’apprenait à jouer de la guitare avec beaucoup de patience, en me faisant découvrir des disques. Il ne disait rien, il mettait simplement un disque, sans ajouter le moindre jugement. Il me disait juste, tiens, écoute ça.“The Friend Catcher” m’a fait l’effet de me prendre un camion en pleine face. Je pourrais citer beaucoup d’autres groupes, mais comme je n’ai le droit qu’à un morceau, j’ai choisi celui-là.

Il m’a vraiment donné envie de jouer de la guitare, de vraiment jouer, de façon à m’exprimer, sans me laisser influencer par d’autres. J’ai voulu être singulier à ce moment-là. Je trouvais que ce que faisait Roland S. Howard était singulier. Pour moi, il était évident qu’il s’exprimait d’une façon unique et j’espère qu’un jour, quand je serais grand, je serais comme lui.

 
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Publié le 8 juin 2016, par dans blabla.

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Crédit photo : Marion « Petite Frisée » Ruszniewski, ma binôme de festival

Depuis la première édition du TINALS (le petit nom de This Is Not A Love Song – je peux l’utiliser maintenant, on est potes), l’affiche donne envie de prendre le premier train pour Nîmes. Mission enfin accomplie cette année, malgré la mauvaise volonté de la SNCF, décidée à organiser une empoignade générale à la Gare de Lyon, vrai moment de grâce pour agoraphobe…
Ci-dessous, les dix raisons d’y faire un tour l’an prochain, enfin pas tous à la fois quand même, je vous rappelle que je n’aime pas la grosse foule !

1. La programmation : la première raison d’aller en festival ne devrait jamais être « c’est chouette, on va aller boire des bières en plein air entre potes », mais un coup d’œil à l’affiche. Et celle du TINALS est canon chaque année. Par exemple, un festival 2016 sans Les Insus et Louise Attaque Tous Aux Abris, c’est de l’inédit, il fallait en profiter. Et avec en vrac, Ty Segall & The Muggers, Shellac, Air, Parquet Courts, Lush, Tortoise et un paquet d’autres, comment dire… ? ah oui, c’est devenu trop rare, à l’ère des grosses machines qui proposent toutes la même affiche consensuelle, à de micro variantes près. Tiens, c’est à croire qu’au TINALS, on pense à la musique d’abord, à l’aspect financier après.

2. Le prix des places : même si je suis invitée, je regarde toujours le prix des places. Histoire de voir si on se paie ou pas la tronche du festivalier lambda qui, contrairement à moi, n’aura pas droit à un pass laminé en sautoir avec sa photo dessus donnant l’accès aux toilettes VIP. TINALS, c’est 25€ la journée, soit la moitié de pas mal des grosses machines sus-citées avec les Insus et Louise Attaque Tous Aux Abris à l’affiche.

3. La taille : je sais, la taille ne compte pas. Sauf quand il s’agit de choisir des vêtements ou un festival. Dans les deux cas, j’opte pour le small, question de confort. TINALS, c’était 4000 personnes par jour pour cette quatrième édition. Un bonheur. Parce qu’il est possible de voir les concerts dans de bonnes conditions, de retrouver aisément ses amis, de ne pas faire la queue une plombe pour boire ou éliminer une bière et comme le réseau téléphonique n’est pas saturé, on peut tweeter ses impressions et poster des selfies en couronne de fleurs sur Instagram, histoire de narguer les amis restés à Paris.

4. La situation géographique : Nîmes, c’est trois heures de TGV depuis Paris et la garantie, à coup presque sûr, de ne pas passer trois jours de TINALS en K-way et bottes d’égoutier, à éviter les bains de boue. Il semble même que les humains n’étant pas dotés d’une peau de vampire peuvent bronzer là-bas…

5. Le site : une grande et une petite scène (avec des concerts gratuits l’après-midi) en extérieur, un petit club et une grosse salle à l’intérieur encadrant un patio avec un bar, des gros coussins éparpillés dehors à côté d’un troupeau de flamands roses et des transats à l’ombre pour se relaxer… Pas besoin de parcourir des kilomètres pour passer d’un concert à l’autre et ça tombe bien, puisqu’il y en a souvent deux, voire trois à la fois dans des créneaux horaires assez proches.

6. L’ambiance : détendue, à mi-chemin entre colonie de vacances pour grands gosses et garden party forte en décibels. Il y a des ateliers pour fabriquer des badges ou sa couronne de fleurs, l’accessoire indispensable pour se la jouer Coachella (ou Coachelley dans mon cas), des jeux de plein air (voir un festivalier imbibé faire du hoola-hop ça n’a pas de prix), une cabine photos gratuite pour se tirer le portrait entre amis (non homologuée pour les photos de passeport, précision utile à l’attention des radins), etc. Pendant trois jours, j’ai craint pour ma réputation de Grumpy Cat…

7. La chapelle de mariage : oui, petit festivalier plein d’amour, de bonnes vibrations et de boisson houblonnée, tu peux convoler au TINALS. Un Elvis presque vrai unit au nom de Saint Paul, Saint John, Saint George et Saint Ringo, tout ce qui bouge ou pas. Nous avons assisté à des scènes de décadence absolue : des garçons en robe blanche épousant leur dulcinée en nœud papillon, des gens se mariant à 5, 6 ou 7, voire à des objets… De quoi filer des AVC à la Manif pour Tous (apparemment, c’est un des objectifs secrets de l’animation…) J’en ai profité pour m’unir à Marion et deux copines. En robe sixties à se damner, même si elle n’était pas noire.

8. Le public : à l’inverse de celui des grandes messes en plein air, souvent là pour déconner entre copains et, éventuellement, se cogner les Insus et Louise Attaque Tous Aux Abris en fond sonore, le public du TINALS est motivé et vient là, oui, c’est dingue, pour voir et écouter des groupes. J’ai assisté à des concerts entiers sans être bousculée toutes les trente secondes par un déshydraté chronique trimballant quatre pintes. Ok, j’avoue qu’il n’y avait pas que des amateurs éclairés dans le public. Ou alors, ce couple interloqué disant, quand Air a débarqué sur scène « Tiens, ils n’ont plus leurs casques » avant de se barrer après un morceau, m’a bien trollée…

9. Le public, bis : un phénomène étrange s’est produit à TINALS. Je n’ai pas croisé Drapeauman ou la Crêpe Humaine, deux incontournables des grandes messes en plein air. Ont-ils été découragés par les grèves ? Les intempéries récentes ? Ont-ils préféré We Love Green qui avait lieu le même week-end ? S’ils me lisent, je les invite à venir l’an prochain, parce qu’une Crêpe Humaine, avachie entre un bouquet de flamands roses, ça aurait de la gueule quand même !

10. La passion : un festival pour des passionnés, organisé par des passionnés, ça se sent. Sur le mini-village du site, par exemple, on trouvait un vrai stand de disques, tout vinyles, bien sûr, à prix raisonnables plutôt que des marchands de merdouilles n’ayant qu’un rapport très lointain avec la musique. C’est un détail, peut-être, mais en festival, je trouve cela aussi essentiel que les food trucks et les bars. Après fouinage approfondi dans les bacs, il ne s’agissait pas que des albums des artistes à l’affiche, loin de là…

Ce billet n’a été absolument pas sponsorisé, même si la presse a été invitée à un apéro-débriefing par les organisateurs du TINALS. (Oui, c’était open-bar, ce qui a sans doute creusé un cratère dans le budget de l’an prochain.) Mais, eh, fuck, c’est mon blog, j’y écris ce que je veux et, pour une fois, au lieu de râler, j’avais envie de faire mon Bisounours. (Si vous me cherchez au rayon jouet, je suis le Bisounours habillé en noir, avec une clope et un verre brodés sur mon ventre en peluche.)

 
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Publié le 26 mai 2016, par dans Chanson-fétiche.

Olivier La Molte Texier

Photo : Marion, moitié photographiante de cette rubrique.

J’ai choisi un titre du groupe Magma, “De Futura”, qui est assez long – 17 minutes – et assez noir. Ce morceau m’a marqué quand j’avais une vingtaine d’années. Je regardais une émission sur Canal+ avec Antoine de Caunes, je me demande si ce n’était pas Nulle Part Ailleurs, et il parlait souvent de Magma. A l’époque, c’est-à-dire la fin des années 1990, le début des années 2000, j’écoutais du jazz et du punk, je sortais d’une période metal, bref, rien à voir avec Magma. Mais j’avais tellement entendu parler de ce groupe, dont de Caunes racontait la mythologie, que ça m’intriguait. Je n’avais pas cherché à aller plus loin, là où j’habitais, il n’y avait pas de grandes médiathèques.

Et un jour, dans la discothèque de la fac de Créteil, j’ai trouvé plusieurs disques de Magma. Je me suis dit que j’allais essayer. J’ai écouté quelques albums et avec ce morceau-là, qui date de la fin des années 1970, j’ai pris une claque. Il y règne une ambiance un peu science-fiction, noire, il y a ce passage au rythme très rapide…

Quand j’ai mis ce disque dans la platine la première fois, ce morceau, qui n’est pas le premier de l’album est arrivé et c’est là que je prends une claque. Je rentre vraiment dedans, il démarre progressivement avec les premières notes de basse, un peu répétitives, la structure évoque celle des morceaux vaudou qui t’amènent dans un état second, et je me mets à danser. En me disant, mais c’est de la techno des années 1970, c’est plus efficace que la musique électronique contemporaine. J’ai dansé et réécouté et réécouté le morceau.

J’adore d’autres titres de Magma, mais celui-là est particulier. Je pense que ce disque m’a ouvert des portes. J’ai appris ensuite que le leader de Magma, Christian Vander, a eu un déclic quand John Coltrane est mort et il y a beaucoup d’influences jazz et coltraniennes dans ses morceaux. Ça m’a fait découvrir Coltrane et le free jazz que je ne connaissais pas à l’époque.
Je n’écoute pas ce morceau régulièrement, mais vingt ans après, je sais qu’il me fait toujours le même effet.