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Publié le 2 mai 2013, par dans Chutes d'articles.

Soudain, l’été dernier, on m’envoie interviewer Chan Marshall, alias Cat Power. Connaissant sa réputation, j’ai quelques réticences. Imitera-t-elle un autiste en pleine crise si mes questions la chiffonnent ? On verra bien et puis je suis sous le charme de l’album, « Sun ». Je poireaute un peu à l’hôtel Costes pendant qu’elle finit de déjeuner. On a annexé pour elle le petit salon chinois, celui avec le toit ouvrant, histoire de pouvoir se nicotiner en toute tranquillité. Le courant passe d’emblée, elle me fait écouter un message qu’Iggy Pop vient de lui laisser et me montre les photos de son chien sur son iPhone et, d’autorité, me commande un verre. L’interview déborde sur la suivante. On la finit en s’échappant ensemble aux toilettes, créant un mini-début d’amorce de panique chez l’attachée de presse et le journaliste suivant… Et… (je n’en dirai pas plus. Ce qui se passe dans les toilettes du Costes reste dans les toilettes du Costes).

Tu as débuté très jeune…
Cat Power :
Oui, à 19 ans. Si c’était à refaire, je ne recommencerais pas à jouer de la musique, je me forcerai à étudier. Je ne sais pas exactement ce que je ferais. Je me mettrais à la peinture peut-être. J’adore Egon Schiele, Lucian Freud, Louise Bourgeois, Frida Khalo, Jackson Pollock, Basquiat. Il était tellement charmant. Très direct. J’aurais aimé le connaître, je viens de voir un documentaire génial sur lui. Il était si beau…

Enregistrer des albums de reprises, ça a été une libération, une façon d’éviter que l’on cherche un sens caché à tes paroles, par exemple ?
Cat Power :
Oui, en quelque sorte. Ce qui est drôle, c’est que dans le passé, des les années 1920 jusqu’aux seventies, personne ne parlait de covers. C’est dans les eighties que des cover bands ont commencé à apparaître. Avant, les musiciens de jazz et de blues reprenaient sans cesse les mêmes chansons. Ils y incorporaient leurs propres paroles, leur style. Et puis, il y avait les standards de Gershwin, de Cole Porter que tout le monde interprétait. Le premier disque des Stones n’était constitué que de covers ! La tradition de la musique s’est toujours transmise. Les artistes meurent, les chansons restent en vie et sont là pour être partagées et transmises.

Au fond, tes reprises ont toujours été des réappropriations.
Cat Power :
C’est parce que je ne sais pas les jouer correctement ! « (I Can’t Get No) Satisfaction », par exemple, c’était le cas. Je voulais l’écouter, mais les piles de mon appareil à cassettes étaient mortes. Du coup, je me suis mise à la chanter avec ma guitare.

Le titre du disque, « Sun », évoque plein de choses…
Cat Power :
Le soleil peut exploser un jour ou l’autre. En tout cas, ce jour-là, je veux me trouver à côté d’un bar…

Moi aussi.
Cat Power : Tu es alcoolique (éclate de rire). Je m’en doutais ! Il faudrait que ce soit un bar dans un igloo, la glace fondrait dans le verre, ce serait parfait ! L’alcool peut tellement agrémenter la vie. J’ai dû m’abstenir de boire il y a quelques années et j’admirais les gens qui pouvaient ne pas boire du tout. Je peux à nouveau boire, mais à l’époque, c’était dur…