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Publié le 21 septembre 2013, par dans Hommage.

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Merde, pas Gilles Verlant… c’est tout ce que j’ai pu dire hier en apprenant la sale nouvelle. Je laisse les belles phrases aux autres, à ceux qui sont plus étroitement connectés à leurs émotions que moi.
N’empêche que cette mort m’a foutu un vrai coup. Parce que, comme la plupart des morts, elle est conne et injuste. Qu’elle survient dans son cas beaucoup trop tôt. Et qu’en prime, pas moyen de négocier, d’échanger un wagon de sales cons détestables contre un mec bien, intelligent, cultivé, érudit et excellent passeur…

Je n’étais pas une amie de Gilles Verlant, on n’a jamais travaillé ensemble, mais c’est sans doute un peu grâce à lui que j’ai choisi ma voie. Enfin, grâce à un de ses livres, une petite biographie de David Bowie, achetée à l’adolescence juste après qu’on m’ait offert un album du même Bowie. J’avais choisi son livre parce qu’il coûtait moins cher que la biographie signée Jérôme Soligny (je l’ai achetée un mois après et les deux bouquins m’ont accompagnée au fond de mon sac pendant mes trois années de lycée, un peu comme des objets transitionnels réconfortants). Et je n’ai pas été déçue. C’est avec lui (et Soligny) que j’ai découvert en vrac Bowie, le Velvet, Iggy, Lou Reed, la Factory, Bolan, le glam et le reste. Sans ce bouquin-là, j’aurais sûrement aimé Bowie, mais je ne me serais sans doute pas autant immergée dans un autre univers, autrement plus sexy que cette banlieue parisienne où j’avais l’impression permanente d’être une alien, incapable de m’intégrer vraiment quelque part.

Plus tard, alors que ma collection de disques avait pris de l’ampleur, j’ai croisé plusieurs fois Gilles Verlant à Canal+. Il venait y mettre en boîte des bandes annonces et je bossais comme petite main à tout faire à la grille des programmes. Je n’ai jamais osé lui parler à cette époque-là (je me voyais mal lui dire « j’aime vachement ce que tu fais et dis, tu peux me pistonner pour que je devienne rock critique, merci »), mais j’ai le souvenir d’un mec sympa avec tout le monde. Y compris avec moi, même si je n’étais personne et qu’avec mon air glacial, mes fringues noires et ma timidité limite autiste, j’étais à peu près aussi exquise que Lisbeth Salender en plein PMS.

Beaucoup plus tard, Valli m’a invitée à une de ses émissions sur France Inter. Avec Gilles Verlant. J’étais ravie et morte de trouille. Je n’avais pas envie de m’apercevoir que l’un de mes deux parrains de Bowisme était un sale type (même si Jérôme, mon autre initiateur à Bowie est devenu un ami, ça n’aurait pas compensé). Là encore, je n’ai pas été déçue. J’ai aussitôt eu l’impression de discuter avec un vieux copain. J’ai même risqué de passer pour une groupie en lui racontant l’histoire de ce fameux bouquin et il a eu l’air touché, un peu gêné, parce que oui, quand on écrit, on n’a jamais tout à fait conscience de l’importance que ses mots peuvent avoir pour les autres…

Pendant l’émission, Gilles s’est conduit en gentleman, le genre qui écoute son interlocuteur sans couper la chique, qui souligne ce qu’on a dit de juste et glisse sous le tapis l’argument faiblard qu’on a balancé dans la ferveur du moment. A aucun moment, il ne l’a joué « moi, moi, moi, ma vie, mon œuvre, mon expérience, pardon mon petit, c’est moi qui ai inventé le rock ». Et dans un job devenu la foire au personal branling, c’est une qualité rare (j’ai la liste des autres gentlemen et women de cette espèce, elle tient sur un post-it).

Alors pour tout ça, oui, merde, pas Gilles Verlant…

 
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Publié le 29 août 2013, par dans blabla, Reportage.

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Rock en Seine vu par Wallendorff Le reste des photos sur son site !

La saison des festivals en plein air est finie. Il est l’heure de dresser un comparatif entre les deux grandes messes sous l’égide de sainte Gadoue auxquelles j’ai assisté cet été.

Affiche : Je suis partie fleur au fusil aux Eurockéennes voir Blur et My Bloody Valentine en exclusivité. En prime, il y avait les Black Angels et ça, ça ne se refuse pas non plus. Bonnes surprises au passage avec JC Satàn, Palma Violets et Deep Vally. Et Rock en Seine m’a attirée dans sa toile avec Franz Ferdinand, Belle & Sebastian, Eels et Nine Inch Nails. J’ai découvert The Computers qui m’ont permis d’oublier la pluie sur la frange et si je n’attendais pas grand-chose de Johnny Marr, j’en suis repartie enchantée.
Sur ce coup-là, égalité.

Affiche, bis : Les programmateurs des Eurocks et de ReS connaissent-ils mon goût pour les endives ? Sinon, je ne m’explique pas pourquoi ils ont tous deux programmé Phoenix en tête d’affiche.
Égalité. L’endive, c’est dans mon assiette uniquement.

Conflit d’affiche : Aux Eurocks, l’enchaînement My Bloody Valentine-Blur a été délicat à gérer. A ReS, j’ai dû sacrifier les Pastels qui jouaient en même temps que Franz Ferdinand (ma crédibilité indie en a pris un vieux coup). Et les Parquet Courts ont eu la malchance de débuter leur set alors qu’Eels achevait le sien. Et de se produire sur la Scène Pression Live, dite Le bout du monde. Voire le Trou-du-cul du monde à 2 grammes du matin.
Léger avantage aux Eurocks. Mais sans pass presse et regard de Bambi au bord du suicide adressé au vigile, je n’aurais jamais pu me glisser près de la fosse des photographes.

Moments forts : Dernier soir aux Eurocks, set de Blur, enchaînement magique de Coffee and TV et Tender qui m’a permis de vérifier que mon eyeliner est bien waterproof. Samedi à ReS, Nine Inch Nails joue Hurt en rappel, sous forte influence de la reprise de Johnny Cash. Je n’avais jamais sangloté auparavant à un concert.
Égalité. Parce que l’émotion ne se mesure pas qu’au Kleenexomètre.

Public : Aux Eurocks, j’ai vécu en immersion avec des vrais gens. Enfin, on m’a expliqué gentiment, pendant que je respirais dans un sac en papier afin de calmer mes spasmes que ces jeunes gens déguisés, affublés de t-shirts humoristiques, parfois coiffés de casquettes ornées d’une bite et déambulant en grappes en braillant Les Sardines de Patrick Sébastien, étaient des « vrais gens ». A part ça, j’ai rarement vu un public se foutre autant de la musique, trop occupé qu’il était à tétouiller de la bière tiède dans des sacs à dos/outres ou à se vomir dessus. Changement radical à Rock en Seine. Public bobo, branché, fashion, certes (je suis mal placée pour me moquer malgré mon besoin chronique de langue-de-puter), mais motivé par les concerts. Oui, même sous la flotte le dimanche. Et à aucun moment, je n’ai dû éviter une douche de gerbi (ok, j’aurais pu finir sous un quad sans les réflexes rapides de mon saoul brother et body guard en milieu hostile, mais je n’avais qu’à pas relâcher ma vigilance de suricate une demi-seconde aussi).
Avantage très net à Rock en Seine. Parce que les casquettes à bites et Les Sardines heurtent mon sens esthétique. Et l’indifférence à la musique, encore plus.

Le site : La presqu’île de Malsaucy est jolie, mais le site des Eurocks a des côtés Waterloo morne plaine… Trop peu de végétation pour se mettre à l’ombre côté grande scène, odeur de bouse de vache prononcée, moustiques voraces en quête de chair bio parisienne… Le seul point fort, c’est la scène de la plage, pieds dans l’eau, avec sa vue sur le lac. Au domaine national de Saint-Cloud qui accueille Rock en Seine, c’est l’inverse : plein d’arbres, bien utiles quand il flotte ou que le soleil cogne (on a eu droit aux deux configurations), une butte parfaite pour voir les concerts de haut, des points d’eau pour remplir sa bouteille entre deux verres et peu de moustiques au final.
Avantage à Rock en Seine. Parce que ces putes de moustiques de Belfort se sont conduits sur mes guiboles comme un rock-critique à un open-bar.

Espace presse : Le Bar du Boulot des Eurocks porte bien son nom. J’y ai bossé au point d’avoir une crampe au coude. En revanche, il est séparé de l’espace presse et c’est moyen pratique quand on veut recharger l’iPhone ou choper le wi-fi et poster des photos moches sur Instagram pour narguer les absents. Quant aux VIP-PI-rooms, entre l’absence de lumière où tu te surprends à fredonner Pissing in dark sur l’air de Dancing in the dark et la propreté moyenne, ils ne méritaient pas leur statut de VIP. L’espace média et VIP de Rock en Seine n’a rien de roots et c’est tant mieux. Transats, petites tables, parasols, bougies, deux bars, un restaurant, des pipirooms vraiment VIP, propres et équipés d’Airblade de Dyson pour se sécher les mimines, c’est un havre de paix sur fond de washi-washa entre deux concerts.
Avantage à Rock en Seine. Si en prime, il y a une formule végétarienne au resto l’an prochain, je ne mangerai pas que liquide, promis.

Prix de la picole : 3 euros le verre de vin aux Eurocks contre 3,5 euros à Rock en Seine. Mais à Rock en Seine, on buvait son vin dans des verres à pied consignés, tellement plus adaptés que les gobelets à bière.
Léger avantage pécuniaire aux Eurocks. Mais question classe, Rock en Seine remporte la mise.

Avantage à Rock en Seine, même si ses super héros ont parfois l’air un tantinet fatigué.

Photo Marion Ruszniewski Le reste des photos sur son site aussi !

 
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Publié le 5 août 2013, par dans blabla, groupe fétiche.

Source : coveroid.com

Comme l’aurait dit le bluesman, je me suis réveillée l’autre matin, il y a quelques semaines, et j’ai remonté ma TL sur Twitter… (bon, en fait, c’était la pause déj et je finissais mes courgettes vapeur, mais ça ne fait pas très blues, la courgette. Surtout à la vapeur). La programmation définitive de Rock en Seine vient d’être annoncée et là, je remarque avec effroi que Franz Ferdinand s’en prend plein le museau. Comme ça, gratuitement. Alors qu’il est facile d’ironiser sur une bonne douzaine de groupes bien plus honteux, passables ou incitatifs à aller faire un tour au bar pendant leur passage.

Ceci-dit, après réflexion, je comprends qu’on puisse en vouloir à Franz Ferdinand. Réussir à la fois à être populaire, vendre des disques et remplir des salles sans sortir de la soupe grand public, c’est agaçant. Et avoir un chanteur aussi naturellement cool, classe et bourré d’humour qu’Alex Kapranos, ça frise l’insolence. Il suffit de suivre son compte Twitter (à défaut de pouvoir le rencontrer en vrai et constater, de visu, qu’il est encore plus charmant, élégant et cultivé qu’on ne l’imaginait) pour le constater. C’est le genre de mec qui, quand il s’ennuie dans sa chambre d’hôtel, répond aux questions de ses fans avec un mélange d’honnêteté et d’auto-dérision que Kanye West, après 12 réincarnations, ne pourra jamais frôler.

Oui, à ses débuts, FF a eu le malheur de sortir Take Me Out qu’on a entendu jusqu’à la nausée dans toutes les soirées, en alternance avec l’horripilant Seven Nation Army des tout aussi géniaux White Stripes. Malgré lui, le groupe s’est retrouvé adoré par des minettes voulant se la jouer rock. Le genre à protester et à pétitionner quand Kapranos a osé modifié sa coupe de cheveux sans leur demander son avis. C’est dire si le débat volait haut et si, malgré lui, le groupe est passé pour une gentille bande de glandus pop à son corps défendant. On n’a pas toujours les fans qu’on mérite, Kurt Cobain l’avait également réalisé et si mes souvenirs sont bons, ça ne lui a pas fait que du bien au moral.

Mais résumer FF à ses fans idiotes, à Take Me Out ou à ses petits pulls rayés adoptés par , c’est faire l’impasse sur des albums redoutables, livrés sous des pochettes bourrées de références visuelles et d’hommages artistiques, gavés jusqu’à la gueule de mélodies parfaites, assorties à des paroles impeccables, ni bouffies genre poésie lycéenne section littéraire option acnée tenace, ni prétentieuses à la Muse-Volta avec plein de références obscures laissant supposer que leurs auteurs ont abusé des Que Sais-je ?, ni gentiment débiles avec plein de jolis clichés sur l’amoureuuuuu. D’ailleurs, quand Kapranos parle d’amour, on craque, ce qui n’arrive que rarement, vu qu’on a une pierre (entourée de glace) à la place du cœur. Ecoutez « Eleanor put your boots on », écrit pour sa chérie d’alors, Eleanor Friedberger. Impossible de ne pas succomber. La mélodie est élégante, toute simple, le texte est à la fois candide, naïf et touchant.

Le prochain album sortira fin août. Et sans rougir, je l’attends. Les deux morceaux tournant sur internet ne sont pas franchement différents de ce que les Écossais ont sorti dans le passé. Et alors ? Franz Ferdinand a un son, un beat, la voix de Kapranos est, comme celle de Bowie, reconnaissable entre mille, à la fois détachée, vaguement dénuée d’émotion et d’une classe folle. Traitez-moi de minette, je m’en cogne. Comme Blur cette année aux Eurockéennes, j’irai voir FF à Rock en Seine. Je gueulerai les paroles, je danserai, je verserai ma larme. J’aurais en deux heures les émotions que j’enfouis au quotidien.

 
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Rich Aucoin, au premier plan, micro en main, saisi en action par Marion Ruszniewski. Allez voir ses photos des Eurocks sur son blog, elles sont superbes !

Jeudi dernier, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne, je m’en suis allée. Vois-tu, je savais qu’on m’attendait à la Gare de Lyon pour prendre le TGV, direction Belfort, son lion, ses Eurocks et quatre jours de boue et de décibels. Sur ma feuille de route, j’avais lu, incrédule, cette phrase étrange : « showcase de Rich Aucoin dans le Hall 2 de la gare ». Mon neurone, qui, comme le reste de ma personne, n’est résolument pas du matin, avait refusé de traiter l’information. Pour le neurone et moi-même, un showcase a lieu le soir. A l’heure où on peut décemment prendre un verre sans qu’on vous refile les coordonnées des Alcooliques Anonymes.

Et pourtant, là-bas, près des quais, sur un podium dressé dans le Hall 2, il était là, Rich Aucoin. En mode lapin Duracel. Bondissant. Débordant d’énergie. Tendant son micro aux curieux et à quelques journalistes à l’œil vitreux pour leur faire crier « yeeaaahhh » (alors que « yeeaaahhh », le matin, ça fait très bobo la tête). Dansant sous un immense drapeau (ou la toile d’une tente piquée à un festivalier ?) agité par une bande de complices et des spectateurs réjouis, le garçon forçait le respect. Articuler deux mots avant dix heures du matin relève du prodige chez un être normal, alors showcaser, ça tient du surhumain.

Dans le wagon de TGV réservé aux médias – pour le confort des autres voyageurs, ces bêtes-là doivent être mises à l’écart, comme des ados partant en colo – alors que le neurone se connectait lentement, Marion, ma binôme photographe m’a dit : « grffmblmmmm café ? ». Ce à quoi j’ai répondu « gniiiiiiiiiii café ». On approchait des 11 heures, nous avions retrouvé le langage articulé. D’un pas déterminé, nous nous dirigeons alors vers le bar. Et là, qui voyons-nous outre le barman et sa belle collection de sandwiches plastifiés vendus au prix du caviar safrané saupoudré de cocaïne pure ? Oui, Rich Aucoin. Perché sur une table du bar, micro en main, en train d’électriser la foule venue se jeter un petit noir.

Café en main, Marion et moi avons regagné nos places. L’espace d’un instant, j’ai envisagé la pause-pipi, mais je me suis ravisée. Qui sait ? Si jamais, alors que j’étais paisiblement installée là, Rich Aucoin jaillissait de dessous le lavabo et me tendait un rouleau en m’enjoignant de crier avec lui « Moltoneeeeellllllll » ? Bref, j’ai préféré ne pas faire courir ce risque à ma pudeur naturelle. Et puis, soudain, Marion s’est penchée vers moi et m’a glissé cette phrase inoubliable : « Sérieux, Rich Aucoin est sous notre siège. » Alors que d’une main, je composais le numéro des urgences psychiatriques, j’ai tenu à jeter un œil sous la banquette. Et oui, sérieux, il était là. Allongé par terre, le nez sur son iBook, en train de sampler le jingle de la SNCF, comme un môme planqué sous la table de la salle à manger pendant le déjeuner familial du dimanche. Même qu’on a eu du mal à l’en tirer au moment de descendre à Belfort, trois minutes d’arrêt.

Et une fois sur place, qu’a-t-il fait en attendant son concert du samedi soir, Rich ? Il s’est tapé l’incruste au camping et a offert aux festivaliers en train de dresser leur Quechua (non, ce n’est pas sexuel) un show improvisé. En revanche, on l’attend toujours à l’Ibis où il ne s’est même pas donné la peine de jaillir de la corbeille de croissants à l’heure du petit déj, tel l’ami Ricoré de la génération électro…

 
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Merci à Marion Ruszniewski pour cette tranche de vie dans l’Espace Presse de Solidays, avec au premier plan, Kele Okereke de Bloc Party. Le reste de ses photos du festival à voir sur son site !

Le festival est sûrement le moment de l’année où j’apprécie mon statut privilégié. Car, oui, petit scarabée, être journaliste en festival, c’est un peu moins pire qu’être spectateur. Par exemple, grâce à mon badge laminé sur lequel j’ai pris soin de coller une photo surexposée et/ou je porte mes Wayfarer (planquer ses cernes est un boulot à plein temps), j’ai accès à l’Espace Presse. Le Saint des Saints. Contrairement à ce que disent les jaloux n’y ayant pas accès, l’alcool n’y coule pas à flot gratuitement et les rock-stars n’y tapent pas la discute en offrant des lignes de coke sur le ventre nu de jeunes filles nubiles, mais il y a quand même quelques avantages. Comme celui de profiter de toilettes propres et d’une tente avec des sièges où poser son postérieur, son sac et sa picole entre deux concerts. On y croise aussi une faune pittoresque, que je vais me faire un plaisir de te dépeindre, petit scarabée, afin de te faire rêver. Ou ricaner si tu as un mauvais fond, ce que je soupçonne si tu traînes sur ce blog.

L’attachée de presse du festival : À côté d’elle, Shiva est manchot. Entourée d’un bataillon d’assistantes et de stagiaires, elle jongle avec trois portables et douze listes, distribue des passes à des journalistes ronchons parce qu’ils ont dû faire cinq minutes de queue et court partout, à mi-chemin entre Usain Bolt et un canard décapité. Pendant le festival, elle ne se départit jamais de son sang froid, sauf lorsqu’on la remercie ou qu’on lui propose un truc à boire. Il faut la comprendre, elle n’a plus l’habitude.

L’éponge : Ce journaliste chevronné passe ses festivals dans un doux brouillard embièré. À peine arrivé, il fait l’ouverture du bar, repère un transat entre la tireuse à bière, les wawas et l’écran géant et prend racine pour le week-end. Il ne va pas au devant du monde, le monde vient à lui (il est stratégiquement installé sur la route du bar, n’oubliez pas ce détail crucial). A défaut de commenter le festival qui se déroule de l’autre côté de l’espace presse, il égrène ses souvenirs des éditions précédentes. On sent sa gorge se serrer d’émotion lorsqu’il évoque cette belle cuvée 2005, quand il y avait eu l’évènement Heineken avec open bar. Il basera ensuite son compte-rendu sur les images aperçues sur l’écran géant, les commentaires des confrères et les bruits de couloir rapportés par son nouveau meilleur pote, le barman.

Le parasite : Il débarque nimbé d’une aura de mystère. Nul ne sait comment il a obtenu son pass, puisqu’on ne connaît pas le média pour lequel il est censé écrire. Mais lui, il connaît tout le monde, s’incruste dans les conversations, essaie de décrocher des piges partout (une rumeur prétend qu’il va aussi au salon « Tricots en Fête » et fait la retape auprès de la rédac’ chef de Modes & Travaux, mais ce n’est qu’une rumeur, hein…) et s’arrange pour se faire payer à boire à tout va. Sa plus fâcheuse manie ? À l’inverse du morpion qui s’accroche, il plante son interlocuteur en pleine phrase parce qu’il a repéré un plus gros poisson à ferrer. Dans un monde idéal, il finirait le festival sur un rail, avec goudron et plumes. En réalité, il repart avec des plans boulot à la pelle et des invits plein les poches.

Le grand reporter : Dans sa tête, il se voit comme un reporter de guerre, risquant sa vie sur le front, prêt à perdre un membre pour montrer au monde la vérité sur cette putain de guerre. En réalité, il travaille pour un magazine pour adolescentes, mais rien dans son look ne le laisse supposer. Treillis camouflage, casquette du Che vissée sur le crâne, chèche autour du cou et bottes de combat, il affiche en permanence l’air sombre du type qui a trop vu d’horreurs dans sa vie et adore saper le moral des photographes débutants en répétant que « le métier, c’est mort, mon gars… Fais autre chose tant qu’il est encore temps. Pour moi, c’est cuit, c’est trop tard ». Dernière précision. Quand il balance, dents serrées, sourire à l’envers, qu’il a « fait Indochine », il ne parle pas de la guerre. Juste du groupe de Nicola Sirkis.

La photographe : Sache-le, petit scarabée, le photographe de rock est souvent UNE photographe. Et, en règle générale, c’est une tueuse doublée d’une reine de la débrouille. Habituée à se faire piétiner par ses confrères dans la fosse aux lions et insulter par les spectateurs du premier auxquels elle peine à boucher la vue (car oui, souvent, la photographe a le gabarit Schtroumpfette), elle a développé un instinct de survie que lui envie le grand reporter. Elle joue des coudes, écrase des orteils et se perche sur son sac photo pour choper ze cliché. Et quand le monsieur de la sécurité fait sortir les photographes, elle vole une dernière image, convaincue que le vigile n’osera pas lui coller une baffe, comme à ses confrères.

Le blasé : Il erre sur le site avec l’expression de l’ado traîné au musée par ses parents et zappe d’un concert à l’autre, consterné par la médiocrité ambiante, la programmation frileuse, la météo tartouille, la bouffe hors de prix, les spectateurs qui, au choix, applaudissent trop ou pas assez et l’enthousiasme hypocrite de ses confrères. Il est formel : les festivals, c’était mieux avant. Ou ailleurs. Là où son magazine n’a pas les moyens de l’envoyer. Du coup, il se venge en douchant la bonne humeur des autres. Mais lorsqu’à la fin du week-end il annonce qu’il remet ça la semaine prochaine, on comprend enfin qu’au fond, sous ses airs indifférents, il cache des penchants masochistes.

Le journaliste mondain : Il n’a pas été accrédité comme ses confrères, mais invité par Thom (Yorke). Et il n’a pas l’intention de passer ce point de détail sous silence. Quand il n’est pas backstage à frayer avec ses amis les rock-stars ou planqué sur un coin de la scène pour assister aux concerts, il pratique le name-dropping avec frénésie, impressionnant le Parasite qui tente de se greffer à lui au cas où il y aurait des miettes à récolter. Il arrive sur le site en début de soirée car, la veille, il s’est couché à pas d’heure, s’excuse-t-il, à cause de l’after top secret où les Arctic Monkeys passaient des disques. Au milieu des buveurs de bière, il est le seul à ne carburer qu’au champagne. Et le seul à garder des chaussures propres pendant tout le festival, à croire qu’il ne se déplace qu’à dos de bénévole.

La journaliste à progéniture : Elle a les moyens de s’offrir une baby-sitter, mais tient à montrer à la profession toute entière son (ou ses) gamin trop génial, très mature et grand fan de rock à quatre ans. Pour l’occasion, elle l’a déguisé en bébé rocker, avec jeans slim, perfecto couvert de badges, Converses et t-shirt Ramones. On le plaindrait bien (d’autant qu’il porte un prénom parfait, surtout pour un loulou de Poménarie) s’il n’était pas aussi mal élevé, bruyant, insolent et tête à baffes. Il enchaîne les caprices, court dans les jambes de tout le monde et manque de renverser la bière de l’Éponge sous l’œil extasié de maman qui tente de le refiler aux collègues pour ne plus se le coltiner. En bonne fourbasse, on finit par lui faire un croche-pied. Et vu le nombre de fois où il se vautre pendant le week-end, on sait qu’on n’est pas la seule.

Le mec de l’association : Il est mo-ti-vé. Vêtu à la dernière mode altermondialiste et souvent surmonté de dreadlocks, il arpente le site en distribuant à tour de bras les flyers pour son assoc’ (il ne dit jamais association). Et c’est aussi bien. Car dès qu’il s’arrête, il se mue en redoutable raseur. Sa force ? Débiter un monologue-fleuve sur les initiatives de son assoc’, dans lesquels reviennent toujours les mots « citoyen » et « lien social » et son mépris pour l’industrie du disque et la presse musicale. On regrette encore d’avoir dévié la conversation en le lançant sur ses goûts musicaux. Il dégaine un CD d’un « groupe de potes qui font un truc un peu à la Shaka Ponk mais en plus reggae avec des paroles engagées » et nous le refile dans l’espoir de décrocher une chronique.

Le journaliste du petit site qui monte : Son site ne peut que monter, puisque pour l’instant, il est ultra confidentiel. Mais armé d’une caméra et d’un appareil photo, son fondateur et unique rédacteur, monteur, preneur de son et d’images l’affirme haut et fort : avec tout le trafic qu’il va récupérer dans la foulée des festivals, son site sera bientôt le nouveau Pitchfork. Pour l’instant, ce forçat du web enchaîne les interviews des groupes du Tremplin Jeunes Talents Acnéiques. Après quoi il tend son micro à qui veut bien dire deux mots sur le festival, car, manque de bol, il n’a pas obtenu l’autorisation de filmer les concerts. Ni d’aller dans la fosse des photographes. Au fond, ce n’est pas si grave, vu qu’il a oublié de faire imprimer des flyers avec l’adresse de son site.

Le journaliste de la PQR : Il travaille pour la presse quotidienne régionale et couvre le festival avec le même zèle que le banquet des anciens, le tournoi de pétanque et l’inauguration du gymnase Pierre Perret. Il ne connaît rien au rock, confond Marilyn et Jeane Manson et truffe son compte-rendu de généralités, d’observations sur la météo, de statistiques sur le nombre de litres de bière vendus et de propos du Conseiller Général qui se félicite de l’affluence et de la bonne organisation de l’événement. On meurt d’envie de le voir discuter avec son lointain confrère le mondain. Juste pour voir s’ils arrivent à se comprendre.

 
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Merci au talentueux Wallendorff pour la photo. N’hésitez pas à faire un tour sur son site, il a plein d’autres chouettes images en stock.

Les Eurockéennes approchent. Dans un instant de folie suicidaire doublé d’une envie pressante de revoir Blur, j’ai demandé une accréditation pour l’une des plus grandes fêtes de la gadoue en France. Ça fait longtemps que je n’ai pas remis les pieds à Belfort et si j’ai oublié à quoi ressemblait le site en détail, je sais déjà qui je vais croiser. Les mêmes qu’à Rock en Seine l’an dernier, par exemple. Allez, petit passage en revue de quelques festivaliers incontournables…

Drapeauman : Est-il breton de souche ou d’adoption ? Nul ne le sait. On ne sait pas non plus quel groupe il est venu acclamer. Sa seule activité pendant le festival consistera à agiter un drapeau breton. On le soupçonne de continuer à le faire machinalement aux portachiottes pendant sa pause pipi. Cet homme et son armée de clones sévissent tout l’été dans tous les festivals. De Coachella à la Foire au Boudin de Fouzy-les-Meldeuses, du Burning Man aux Vieilles Charrues, son drapeau claquera au vent. Et quand on l’aura dans sa ligne de mire, on aura une violente envie de lui claquer le museau.

L’équipe de basket amateur : Elle ne se matérialise que lorsque ta meilleure pote d’1,50 mètres vient de trouver un spot idéal pour voir son groupe favori. Pile au moment où tout est blindé et que la malheureuse ne peut plus bouger un orteil.

Relou’ckn’roll : Ne riez pas. Ce pauvre garçon est atteint du syndrome de la Tourette, mais au lieu d’émailler son discours de « couille-bite-salope », il braille par intermittence « rock’n’rooooollll ». Il ponctue la moindre intro de n’importe quel morceau (rock ou pas), l’entrée sur scène d’un roadie chauve et transpirant ou l’arrivée de son casse-dalle à la tartiflette de son célèbre cri. Il est rare qu’on plaigne les gens qui campent volontairement. Mais on finit par éprouver une grande compassion pour ses voisins de tente qui l’entendront pousser son brame nocturne du fond de sa canadienne.

La fashionista : Sa sœur aînée, groupie de Pete Doherty, a vrillé des milliers de tympans innocents. Elle, elle préfère être belle et hanter le site en quête d’un spotter, c’est-à-dire un photographe d’un magazine/d’un blog mode susceptible d’immortaliser son look. On la repère à sa tenue des plus adaptées à base de robe en dentelle blanche, plumes dans les cheveux, chapeau improbable et chaussures compensées idéales pour un trek dans les tranchées. Et au fait qu’elle passe son week-end à enchaîner les selfies dans la moindre surface réfléchissante.

La Crêpe Humaine : Dès son arrivée sur le site, la Crêpe Humaine n’a qu’une mission : se mettre minable. Bière, alcool de contrebande, kebab, herbe, hallucinogènes divers et avariés, tout est bon pour lui. La Crêpe adopte alors sa posture de prédilection, c’est-à-dire allongée dans un coin d’herbe, inerte, plate, un vague filet de bave aux lèvres, un coup de soleil sur le nez force 20 s’il fait beau, un début de pneumonie s’il pleut. Contrairement à la bombe humaine que tu tiens dans la main, la Crêpe Humaine risque d’être sous tes pieds si tu n’y fais pas gaffe.

Les Locaux : Ce sont les parents des bénévoles qui bossent sur le site pendant qu’on s’amuse. Reconnaissables à leur look de randonneurs, à base de chemise en polaire assorties, croquenots de montagnards, bobs vissés sur le crâne, pantalons multipoches, ils arborent parfois, comble de la folie, le même t-shirt aux couleurs du festival. Ils ne se déplacent qu’en couple, voire en grappe de quatre ou six. Ils observent les festivités d’un œil curieux d’ethnologue en mission dans une peuplade exotique, applaudissent poliment et sont les seuls à s’intéresser au stand du Conseil Général ou Régional sur le site.

Pissman : Grâce à sa prodigieuse capacité à enchaîner les pintes, les patrons des nombreuses buvettes du site pourront s’offrir un jacuzzi à la fin de la saison. Mais n’allez pas croire que c’est le super pouvoir de Pissman. Non, son truc, son gimmick, c’est de se soulager partout, constamment, en abondance et sans gêne aucune. Mais JAMAIS aux wawas, question d’honneur. Selon la légende urbaine, Pissman sévirait même aux premiers rangs de la scène principale, vidangeant sa vessie le long du jeans slim du copain de la Fashionista. Son spot préféré ? Le mur du bar à vin sous le regard outré des festivaliers bobos venus s’envoyer un godet de rosé bio ou mieux encore, l’entrée des portachiottes, provocation ultime pour tous les affligés qui poireautent en faisant la danse du pipi.

Le Crétinus Festivalus : En l’espace d’un week-end, cet individu d’ordinaire inoffensif va se muer en pire cauchemar de la sécurité. Cousin de la Crêpe Humaine en version dopée, le Crétinus n’a qu’un objectif : faire tout ce qui est interdit, dangereux, très con et interdit parce que dangereux et très con. Il escalade chaque poteau, se jette dans la foule dès qu’il le peut, se roule dans la boue là où les portachiottes ont refoulé, mange des sushi qui sentent bizarre, gambade en slip sous la pluie battante, plonge après douze bières dans la moindre pièce d’eau, nargue la sécurité alors qu’il pèse 60 kilos tout mouillé, mord le berger allemand plein de puces d’un punk à chien embusqué sur la route du camping et s’arrange pour montrer ses fesses à la caméra en pleine captation du concert par Arte. Le festival achevé, arborant une seule basket boueuse et des vêtements déchirés, le Crétinus arpentera le site, nez rivé sur le sol, à la recherche de son sac à dos contenant son portefeuille et son billet de train de retour.

Le/la pote de lycée : On l’a perdu(e) de vue depuis le lycée et un jour, on l’a retrouvé(e) sur Facebook et constaté que la nature avait été moins indulgente avec lui/elle qu’avec nous. Il faut dire qu’il/elle a eu trois mômes et vit dans un bled oublié par les spotters de magazines/blogs mode. On a échangé avec lui/elle deux fois sur Facebook, assez pour constater qu’on n’a plus rien en commun. Sauf ce festival où il/elle va en couple, vu que son aîné (il/elle s’est reproduit(e) très très tôt) est bénévole sur le site. On promet de se voir, persuadée qu’au milieu de 10 000 spectateurs, il y a peu de chance qu’on se croise. Mais pendant le week-end, à croire qu’on nous a équipée en secret d’une balise Argos, il/elle va surgir sur notre route au rythme de 30 fois par jour si bien qu’on hésite entre s’acheter une burqa ou un costume de tortue Ninja pour se fondre incognito dans la foule. Et on culpabilise presque d’avoir un si mauvais fond. Enfin, PRESQUE, hein, quand même.

Le chanteur sympa et vachement simple : Il a déjà joué ou va bientôt le faire, mais il tient à ce qu’on le perçoive comme un festivalier normal, certes bardé de pass All Access et déambule dans la foule, sourire aux lèvres, pinte à la main. Il adore qu’on le reconnaisse, pose dès qu’il croise un iPhone (et ruine au passage un magnifique selfie de la Fashionista), signe tout, du t-shirt à la barquette de frites et tape la discute avec le petit peuple – bénévoles, serveurs des buvettes, vendeurs de kebabs. Est-il aussi sympa qu’il en a l’air ? N’a-t-il pas d’amis backstage ? Veut-il se faire élire Maire du Festival ? On ne sait pas. Mais son opération com’ marche à plein régime, puisque sa bobine souriante va saturer les réseaux sociaux tout au long du week-end, et ce, sans un mot sur son concert… Ce qui est aussi bien.

Evidemment, l’espace presse est aussi hanté d’étranges et pittoresques créatures. Envie de découvrir leurs mœurs, us et coutumes ? Revenez faire un tour ici…

 
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Publié le 21 juin 2013, par dans Non classé.

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C’est aujourd’hui, vous n’y couperez pas. A moins qu’au fond, vous l’attendiez… Besoin de vous justifier auprès de vos amis qui méprisent cette joyeuse initiative citoyenne ? Voilà dix bonnes raisons d’aller à la Fête de la Musique.

1. Vous avez perdu un pari.

2. Vous êtes radin et vous habitez Paris ou sa banlieue. Comment résister à ce forfait RATP à 3€ pour toute la nuit, hein ? Et aux sanisettes gratuites, disponibles jusqu’à minuit au lieu de 22 heures d’habitude ? Oui, on comprend votre émotion…

3. Il pleut. Du coup, la peau des djembés sera détrempée. Et un djembé spongieux, ça produit assez peu de bruit, somme toute.

4. Vous détestez U2, Deep Purple, Téléphone et Dire Straits ? Ça tombe bien : ce soir, ils seront massacrés sans sommation par des groupes amateurs composés d’un chanteur approximatif, d’un batteur mal coordonné, d’un guitariste en moufles et d’une choriste qui fait wooohooooo de façon compulsive en secouant un tambourin. Vous verrez, c’est jouissif.

5. Vous trouvez la ville glaciale, les liens sociaux plus effilochés que le bas d’un sarouel de joueur de djembé ? Ce soir, vous allez vous faire plein de nouveaux amis. Comme Relou qui vous racontera sa life tandis que son acolyte Trois Grammes alternera bières, blagues de cul et rototos sonores. Quand vous vous en serez dépêtré, vous ne regretterez plus jamais la froideur de la ville.

6. C’est moche, mais vous avez un fétiche honteux dont vous n’osez parler à personne. Oui, en secret, vous rêvez que des inconnus vous vomissent sur les pieds. Petit veinard, this could be your lucky day !

7. C’est moche, mais vous avez un fétiche vraiment honteux dont vous n’osez parler à personne. Oui, en secret, vous avez un faible pour le jazz manouche ou les reprises de Florent Pagny en rap. Il vous est même arrivé de vous masturber en écoutant Zaz. Ce soir, petit pervers, vous serez heureux comme Keith Richards en Colombie. A qui on a greffé une trompe.

8. Vous aimez faire le bien autour de vous, vous êtes d’un naturel partageur ? Allez prendre un bain de foule ce soir. Vous pourrez ainsi partager aisément votre portable, portefeuille, carte bleue, sac à main, etc.

9. Vous avez des enfants ? La chorale de fin d’année et le concert de flûtes à bec vous sembleront nettement moins douloureux après le set des Ska-Ska Boudins, sympathique formation de ska festif aux paroles inspirées par des blagues Carambar ou celui des Bongles, tribute band des Beatles version reggae-fumette.

10. Vous ne voulez pas faire pleurer Jack Lang.

 
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Pendant que vous posterez vos burgers aux sushis sur Instagram ce midi, je serai en train de bosser. Enfin… J’écouterai un album. De manière tout ce qu’il y a de plus officielle, entourée de mes éminents confrères et consœurs, tous invités par la maison de disques, communiqué de presse sous le museau, iPad sur les genoux pour prendre des notes (ou lire en douce le New Yorker s’il y a du retard et que je n’ai pas pu m’asseoir à côté de mon meilleur ami dans le métier, il se reconnaîtra)…

Mais attention, il y a autant de types d’écoutes d’albums que de sous-genre de metal au Hellfest… Dans un but éducatif, j’ai décidé d’en dresser une petite liste, en me basant sur mon expérience personnelle en la matière. Toutes ces situations ont vraiment existé. Je n’ai mis aucun nom afin de protéger l’honneur de mon neurone qui les a oubliés en route.

L’écoute de luxe La maison de disques a un budget promo. Et elle tient à montrer que ce disque-là est une priorité. Du coup, elle a invité tout le gratin de la presse rock ou pas, d’internet et même du pas si gratiné que ça (on le repère à l’air interloqué de celui qui redoute d’être vidé à coup de pompes dans le fondement). Il y a du champagne. Et de la bière. Et du vin. On ignore s’il s’agit de chouchouter le journaliste ou de le faire boire pour qu’il soit indulgent. Il y a aussi du manger. Et pas que des chips en paquet familial. En dix minutes chrono, tout le monde est pompette. L’écoute achevée, l’attachée de presse zélée prendra soin de réveiller le vieux briscard ronflant dans un coin, huit coupettes vides devant lui.

L’écoute fauchée La maison de disques est un label indépendant plein de bonne volonté et d’énergie. Elle a convié tout le gratin de la presse rock ou pas, de l’internet et même le pas si gratiné que ça. Au final, nous sommes quinze. Le gratin n’a pas pu venir, bizarrement, il devait avoir piscine. L’attaché de presse (qui est également le boss-adjoint, le chef de produit et le standardiste) file au Franprix et revient avec des packs de bières (pas fraîches), du faux coca, des chips en paquet familial et des pseudo-Haribo. On repère les pigistes web bossant gratos et les stagiaires des rédactions au fait qu’ils se jettent sur la bouffe. L’écoute achevée, l’attaché de presse zélé prendra soin de réveiller le stagiaire ronflant dans un coin, trois canettes vides devant lui.

L’écoute service minimum La maison de disques en a ras-le-pompom du gratin de la presse qui se la joue diva, n’aime pas internet et s’en cogne du pas si gratiné que ça. Elle convie malgré tout ce petit monde en fin de journée dans une salle de réunion lugubre, aérée pour la dernière fois en 1998. Il n’y a pas assez de chaises pour tout le monde. L’assistante de l’attachée de presse propose du bout des lèvres à boire et revient avec une bouteille d’eau et des gobelets plastique. Elle déboule en pleine écoute sans prévenir pour vérifier qu’on prend bien des notes. L’écoute achevée, l’assistante zélée prendra soin de signaler à l’assemblée qu’il est 19h30 et qu’elle rentrerait bien chez elle maintenant.

L’écoute en solo La maison de disques a organisé une écoute en groupe alors que ce jour-là, on avait piscine. Mais comme on doit chroniquer l’album ou faire une interview, on se pointe seule un après-midi et on se retrouve dans le bureau de l’attachée de presse et de ses collègues. Et c’est fou comme on a du mal à se concentrer assise sur une chaise à roulettes, avec en stéréo, l’album et la voix de l’attachée de presse et ses stagiaires en grande conversation avec la moitié de nos éminents confrères et consœurs qui eux non plus, n’ont pas pu aller à l’écoute et aimeraient bien jeter une oreille au disque… L’écoute achevée, l’attachée de presse zélée prendra soin de nous bombarder de questions pour avoir notre avis et, à la moindre de nos réserves, nous dira que Machin (insérer le nom d’un rock critique bien plus prestigieux que nous) a A-DO-RÉ, lui.

L’écoute en studio La maison de disques a décidé d’organiser une colo de vacances connue sous le nom de voyage de presse (je vous raconterais ça en détail une autre fois, c’est très rigolo, sauf pour l’attachée de presse qui finit généralement avec l’envie d’être la star d’un prochain Faites Entrer l’Accusé intitulé La Tueuse de journalistes – Meurtres de masse dans l’univers du rock). Et dans un grand moment de folie, elle embarque quelques privilégiés qui pourront découvrir l’album dans le studio où il a été enregistré et interviewer le groupe dans la foulée. Lâcher une bande de grands ados attardés journalistes de rock dans un studio est risqué. Il y en a qui veulent faire joujou avec les boutons de la console de mixage. Ceux qui vont mater les guitares et les micros. Les fétichistes qui font des photos de tout, y compris du vieux tabouret bancal, parce que, qui sait, Kurt Cobain y a peut-être posé son chétif popotin. L’écoute achevée, l’attachée de presse zélée prendra soin de rassembler ses troupes dissipées et de gronder le sale gosse l’éminent rock critique qui a tenté de jouer Smoke On The Water sur une gratte vintage qui traînait dans le coin.

L’écoute parano La maison de disques a du lourd, du très lourd. Et tient à le faire savoir. D’où l’enclenchement du mode Fight-Club. C’est-à-dire que la première règle de cette écoute est qu’il est interdit de parler de l’écoute. Le gratin de la presse et d’internet est convié (le pas si gratiné que ça n’est pas au courant de toute façon) et averti au préalable qu’il ne doit pas avouer, même sous la torture, qu’il va à cette écoute. Les journalistes doivent signer des liasses documents leur faisant jurer sur l’honneur, la vie de leur éventuelle descendance ou, plus important, celle de leur collection de vinyles, qu’ils ne diront pas un mot au sujet du disque avant sa date de sortie. Frustrés de ne pas pouvoir narguer le petit peuple sur les réseaux sociaux, ils grognent, mais aucun d’entre eux n’enfreindra la règle, de crainte des conséquences allant du bannissement à la déportation sur une planète hostile sans oxygène avec Christophe Maé en fond sonore. L’écoute achevée, l’attachée de presse zélée prendra soin de réitérer les menaces, en insistant sur le fait qu’elles émanent de la maison de disques américaine ou anglaise, équivalent du croque-mitaine croisé de Satan, en plus méchant.

L’écoute en présence de l’artiste JAMAIS. Il n’y a rien de plus stressant que de devoir se concentrer sur un album tout en sentant le regard anxieux de son auteur guettant nos réactions et s’attendant ensuite à un commentaire intelligent et constructif, comme ça, sans recul (« waow, cool, putain d’album, j’ai kiffé ! » n’est pas considéré comme entrant dans cette catégorie). Donc JAMAIS. Plutôt tourner une sex-tape zoophile et la projeter à mes parents et amis les plus proches, le tout pendant un grand week-end au camping (je tiens à préciser que je vomis de la bile fluorescente à la simple vue d’une tente Quechua).

 
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Publié le 10 juin 2013, par dans Grumpf.

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Après la mode du « tiens, si on commençait le concert tard, genre vers 22h30, mais on ne le dit pas vraiment sur le billet, hein, on met 20h, comme ça, les spectateurs boivent plein de pintes et on se fait un max de tunes l’air de rien », voici la tendance « plus y’en a, mieux c’est, si, si, tu vas voir ».

Ouais, c’est nouveau, pas moyen d’aller voir un concert sans se manger trois groupes minimum à l’affiche. Ce qui pose quelques problèmes et désagréments. D’abord, soit le concert commence très tôt et forcément, ce n’est pas du goût de ceux qui travaillent, soit il débute aux alentours de 20h30 et là, il faudra dire demain à ses yeux au réveil, « rendez-vous, vous êtes cernés ».

Mais ce n’est pas le plus grave (on a un très bon anticernes à vous recommander…) Non, le pire, c’est que quatre groupes à l’affiche, ça veut forcément dire des sets abrégés, pas de rappel, bref, une sorte d’échantillon de concert, à mi-chemin entre le showcase et le passage en festival. Et quand on va voir son petit groupe indé qui ne tourne pas forcément en Europe tous les trois matins, c’est très frustrant. Genre très très, même.

Enfin, comme on est d’un naturel aimable, on passera sur les affiches fourre-tout. Oh et puis non, on va dénoncer. La soirée Secretly Parisian, organisée par le label Secretly Canadian et ses affiliés s’inscrivait pile dans cette catégorie-là. Au programme, quatre groupes n’ayant rien à voir ensemble. Pour avoir droit à 45 minutes de Bleached, on s’est insufflé les mous de Diana. Puis par curiosité, on a jeté un œil au groupe suivant. Outre son côté pittoresque – le chanteur avait l’air dégoûté du mec qui a trouvé un caca de pigeon dans sa bière et l’ensemble louchait salement vers Paul Simon, époque « Graceland » – on se demandait ce qu’il foutait au programme, entre de la pop momolle, les pétroleuses de Bleached et le groupe suivant, plutôt orienté prog…

Mais attention, hein, on n’a rien contre les soirées ou festivals de labels. A condition qu’ils soient organisés par des labels ayant une vraie identité forte. Comme Fargo et son Fargo Rock City. Sa triple affiche Two Gallants – Sallie Ford & The Sound Outside – Steve Earle le 27 mai au Trianon était parfaite. Cohérente sans être trop homogène. Dense, forte, mais pas indigeste. On en espère autant du City Sounds au 104 à Paris les 19 et 20 juillet.

En attendant, on aimerait rappeler aux organisateurs de concerts que la longueur ne compte pas… Que tous les bonus tracks du monde n’ont pas sauvé le CD de sa morte douloureuse… Que les triples albums des seventies ont failli provoquer la mort du rock… Et que zapping et nouvelles technologies obligent, on a désormais tous la capacité d’attention d’un gosse de trois ans… Alors n’hésitez pas à revenir à la bonne vieille formule « première partie, groupe star et zou c’est plié ». On ne vous en voudra pas. L’anticernes à la longue, c’est un vrai budget. Merci.

 
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Publié le 5 juin 2013, par dans Reportage.

Plutôt que de polémiquer des heures sur le bien-fondé ou non d’organiser chaque année le Disquaire Day, je suis partie vaillamment sur le terrain, accompagnée de ma fidèle reporter Marion Ruszniewski, histoire de constater de visu les différences entre un jour normal à acheter du vinyle et ce fameux événement.

Disquaire Day

Disquaire Day

Disquaire Day

Disquaire Day

Disquaire Day

Disquaire Day

Disquaire Day

Disquaire Day

Merci à Michel Pampelune et à la boutique Fargo, 42 Rue de la Folie Méricourt, 75011, Paris
Merci à Marion, son œil et son objectif, ainsi qu’à Aude, Sarah-Jade, Wally, Christophe, ainsi que les figurants anonymes immortalisés ici, à l’insu de leur plein gré.