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Mélanie et Patrice

On ne change pas une équipe qui gagne… Merci Marion Ruszniewski pour la photo

Mélanie

S’il n’en reste qu’une, ce serait “Losing My Religion” de R.E.M. qui est MA chanson en fait. Comme je suis gentille, je la partage avec le reste du monde, mais elle m’appartient et ce depuis l’année de sa sortie, d’abord en tant que chanson que j’ai découverte et écoutée en Grèce en vacances, retrouvée à mon retour en France et écoutée encore et encore malgré le fait qu’elle soit devenue un tube et passe trop à la radio ou à la télé.

Ensuite, je suis devenue fan du groupe et officiellement membre du fan-club jusqu’à ce qu’il s’arrête. C’était un super fan-club. En s’abonnant pour 12 dollars, on recevait à Noël un CD, une affiche, des autocollants, etc. J’ai tous les albums de R.E.M., les imports japonais, les 33 tours, les compils de Noël, etc.

Il faut absolument que j’écoute cette chanson le jour de mon anniversaire et au Nouvel An. Une année, j’ai oublié et en sortant du restaurant avec mon mec, le soir de mon anniversaire, on passe devant le Motel à 23h50 et on entend “Losing My Religion” diffusé beaucoup trop fort dans le bar. On se regarde et on se dit : “Merde on a complètement oublié !” Et on est restés là à l’écouter jusqu’à la fin !

Je devais avoir 13-14 ans quand j’ai découvert cette chanson. J’ai ensuite acheté le single, l’album… R.E.M. c’est mon groupe et je le partage aussi avec le reste de la planète. Michael Stipe est mon demi-dieu que j’aime d’amour. David Bowie est mon autre demi-dieu. A eux deux, ils en forment un.

Patrice

Ça a pas mal changé au fil des années, mais je me suis rendu compte il n’y a pas très longtemps que s’il n’en restait qu’une, ce serait “A Whiter Shade Of Pale” de Procol Harum. C’est un gros tube que tout le monde connaît… Et pourtant, j’ai quelque chose avec ce morceau à chaque fois que je l’entends. Je n’ai jamais été un gros fan du groupe. Cette chanson fait tellement partie de la culture de tout le monde que je n’ai aucun souvenir du moment où je l’ai découverte. Je pense que je l’ai toujours écoutée en me disant, tiens, j’aime bien ce truc-là. Ce n’est que récemment, en faisant attention aux paroles, que je me suis dit qu’elle est beaucoup plus intéressante que ce qu’on croit – ce n’est pas juste le slow de l’été 1969.

Je l’ai apprise à la guitare et je me suis rendu compte qu’il y a deux couplets écrits qui n’ont jamais joués. Je ne sais pas si grand monde connaît les paroles, en fait. Ça part dans tous les sens, on ne sait pas trop de quoi ça parle… J’ai réalisé que j’écoute cette chanson assez régulièrement, je l’ai toujours sur mon téléphone pour la mettre lorsque j’en ai envie.
Il y a plein de groupes que j’adore sans avoir UN morceau préféré. Neil Young, Arcade Fire, les Flaming Lips… Et là, c’est LE tube énorme que tout le monde connaît, mais avec moi, c’est spécial. J’ai beau être mauvais en blind test, je reconnais ce morceau dès la première seconde. Je le joue souvent à la guitare, avec les deux couplets qui manquent, que je trouve vachement bien écrits.

Je cherche à savoir s’il existe une version originale avec ces deux couplets, je ne suis pas sûr que ça existe. Je regrette de ne pas avoir vu le groupe la jouer sur scène. Ce titre est un OVNI dans mes goûts musicaux et m’a permis de découvrir le reste de la discographie du groupe qui est vraiment bien. J’ai beaucoup écouté de rock progressif quand j’étais ado et avec Procol Harum, j’ai l’impression de trouver le chaînon manquant avec le prog qui a émergé après. Ce n’était pas juste un groupe pop qui a enregistré un tube. Il y a eu plein d’albums superbes et cet autre morceau, “A Salty Dog” que je trouve génial, avec des paroles extraordinaires…

 
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Photo Marion Ruszniewski, who else ?

Il y a deux chansons qui me reviennent toujours. La première, c’est “Le Commerce de l’eau” de Dominique A, la deuxième, “Prière de parfumer” de Jean Fauque.
La chanson de Dominique A m’a accompagné pendant très longtemps, sa mélodie est très simple, c’est quelque chose de facile qui se joue sur scène avec une guitare et une basse et c’est ce qui m’a plu chez elle la première fois que je l’ai entendue. Une amie m’a envoyé un album de Dominique, que je connaissais déjà, mais je n’avais jamais accroché sur cette chanson et en fait, je me suis rendu compte qu’il s’agissait peut-être de la plus belle chanson d’amour jamais écrite. Elle parle de l’eau, de gens qui la négocient alors qu’elle n’a pas de valeur. Mais dans leur monde, elle en a une. Et c’est une chanson d’amour parce que les sujets de ce morceau sont un couple, sur une barque.

“Et la pluie se monnaie/Dans les maisons de thé/Où des colons déçus/Évoquent de vieux étés”

Ces gens observent les marchands, les boursiers autour d’eux qui spéculent sur l’eau, alors que c’est un bien dont tout le monde dispose, puisque l’eau, c’est la pluie. Et tous deux se rendent compte de l’absurdité de ce commerce-là. La seule chose importante à leurs yeux, c’est ce qu’ils sont en train de partager.
Elle m’a marqué, parce que c’est une chanson d’amour qui ne dit pas son nom. Elle passe inaperçue et c’est ce que j’aime dans la musique, qu’elle demande à ce qu’on réfléchisse, qu’on en fasse quelque chose qui nous appartient. Il peut y avoir des milliards d’interprétations à ce texte-là, c’est la mienne et c’est pour cela qu’elle me parle. Je l’écoute lorsqu’il vient de m’arriver un truc de bien. Je me suis vu sortir de belles rencontres à 4 heures du mat’ et l’écouter. Elle me fixe dans cet instant.

J’ai beaucoup hésité avec une autre chanson et du coup, s’il n’en restait qu’une, je n’embarquerais que celle-là, “Prière de parfumer” de Jean Fauque. Et avec elle, c’est totalement inexplicable. Je pense que je l’ai découverte pendant l’hiver 2008, je venais de fêter mes 20 ans, j’ai dû l’entendre chez Thierry Lecamp sur Europe 1. Enfin, j’ai découvert la voix de Jean Fauque, appris que Bashung n’était pas quelqu’un qui écrivait ses textes et j’ai eu envie de m’intéresser à ce mec, parce que j’ai toujours eu un attrait pour les petites mains, ceux qui font les choses dans l’ombre sans tirer les cordes vers eux. Jean Fauque venait de sortir un album qui s’intitulait 13 Aurores. Je l’ai écouté en entier et je me suis pris une claque. C’était le seul album qui n’était relié à personne autour de moi. Il n’appartenait qu’à moi. Il n’y avait aucune référence autour, personne qui pouvait se connecter à ce que je ressentais à ce moment-là et c’était MA musique, mon pêché mignon.

Aujourd’hui, c’est une chanson que je ne partage qu’avec les gens que j’aime vraiment, parce que je pense qu’il y a quelque chose qui m’appartient profondément dans cette musique, un bout de mon histoire. Il n’y a pas de musique plus intime pour moi que celle de Jean Fauque. C’est un moment où je me suis construit, ces morceaux ont permis de monter cet échafaudage. J’étais étudiant, un peu en dépression, je ne savais pas trop quoi faire de ma vie.

J’ai toujours gardé en tête cette espèce de dicton qui n’existe pas : pour qu’un morceau soit beau, il faut que tu puisses l’écouter seul, à 3 heures du matin à l’autre bout du monde, en te disant que tout va bien.
“Prière de parfumer” entre complètement là-dedans. Il permet d’imprimer la réalité. C’est un morceau de boudoir qui parle d’une femme dans une baignoire. J’ai un lien fort avec la voix de Jean Fauque. Elle me bouleverse. Elle m’a encore plus bouleversé quand j’ai eu l’occasion de discuter avec lui. Je trouve qu’il y a une justesse, une empathie et une humilité dans cette manière de chanter, d’écrire. Une manière d’écrire profondément drôle et désabusée qui me parle à un point incroyable. Et je pense que s’il ne devait n’en rester qu’une, même si “Le Commerce de l’eau” de Dominique A est une chanson infiniment importante pour moi, “Prière de parfumer” touche au plus juste de ce que je suis.

 
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Merci à Marion Ruszniewski pour la photo de ce post placé aujourd’hui sous le signe du népotisme… Car le monsieur sur la photo n’est autre que mon père. Un homme qui m’a élevée dans le culte des disques (et des bouquins aussi). Même si parfois il m’a fait écouter des choses qui ont heurté ma sensibilité de fan de rock, c’est lui qui m’a offert mon premier album de David Bowie. Sans se douter des conséquences. Et pour ça, merci papa !

S’il n’en reste qu’une… Ce n’est pas comme ça que je poserais la question. J’ai environ 18000 chansons en disques, j’en connais par cœur peut-être plus de 500 et sans doute 500 autres aux trois-quarts. Là-dedans, il y a tout Brassens, Brel, Trenet, Ferrat, Nougaro, Perret, Gilbert Laffaille, Anne Sylvestre, Barbara, etc. Et j’ai aussi un penchant pour la chanson volontairement idiote. Alors une seule chanson dans tout ça…

Mais j’ai fini par en choisir une qui est signée Boris Vian et Henri Salvador. Ensemble, ils en ont composées environ 80, mais j’apprécie particulièrement “Le Blues du dentiste”, une merveille. D’abord, c’est un vrai blues. Aucun artiste français n’a fait un blues comme ça, avec une orchestration de Quincy Jones, qui n’est pas n’importe qui… On y retrouve le côté gaillard du blues, avec cette chute merveilleuse que tout le monde connaît : “je suis pas dentiste, je suis plombier / Entre voisins faut s’entr’aider”.

Je pense que j’ai découvert cette chanson à la radio. C’était en 1958, une époque où les radios étaient généralistes et passaient tous les genres de musiques. Et on pouvait aimer des choses dans tous les genres, sans se poser la question de savoir si on était rock ou chanson française. J’ai réussi à trouver ce disque il n’y a pas longtemps pour un prix raisonnable et sur les quatre chansons, il y a au moins trois chefs-d’œuvres. Et chaque fois que je vais chez le dentiste, je pense à ce morceau dans la salle d’attente…

Une petite version de 1996 en duo avec Ray Charles, ça ne peut pas faire de mal…

 
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Une fois encore, c’est Marion Ruszniewski qui a dégainé son gros appareil…

J’ai une passion pour les chansons de rupture. Je crois que ma préférée, celle à laquelle je reviens le plus, c’est “Going To A Town” de Rufus Wainwright. Ce n’est pas une chanson de rupture entre un homme et un homme ou un homme et une femme, mais c’est la rupture consommée entre un homme et les Etats-Unis. Il dit good-bye à l’Amérique post-11 septembre, mais c’est écrit comme une break-up song entre deux personnes. Je pense l’avoir découverte grâce au clip, à l’époque où les vidéos étaient encore un peu intéressantes. J’adore cette chanson, les arrangements sont sublimes, la voix aussi, c’est la perfection niveau songwriting et quand il la joue en concert, il se fait assez plaisir.

Pour moi, c’est un classique, l’un des derniers qu’on puisse entendre aujourd’hui, une pépite absolue qui aurait pu sortir dans les années 70. J’ai plein d’histoires particulières avec Rufus Wainwright. La première fois que je l’ai interviewé, il était malade à crever, il était hyper diva, allongé sur un canapé dans un hôtel moche des Champs-Elysée, essoré par sa journée de promo et pourtant, dès que tu commences à lui parler, tu t’aperçois qu’il n’a pas beaucoup de tabous… Chez certains artistes, tu sens qu’il y a un gros ego, qu’ils ne veulent plus entendre parler de passages de leur vie, mais lui, sa période drogues, back rooms et saunas new-yorkais ne lui pose pas de problème, il en parle aussi facilement que sa période actuelle de père de famille, marié à un music lover allemand…

Je me rappelle le premier concert où je l’ai vu. C’était il y a un milliard d’années, au Batofar, pour le premier album, sans doute. A cette époque, les gens nous cassaient tous les couilles avec Jeff Buckley et moi, j’étais déjà team Rufus Wainwright. J’aime bien Buckley, mais je voyais chez Rufus Wainwright un truc beaucoup plus flamboyant qui me parlait.

J’aime aussi son côté folle furieuse. Son dernier album est moins réussi parce qu’il a essayé de mettre ça en sourdine en travaillant avec les Dap-Kings, qui ne sont vraiment pas des Elton John. J’aime bien lorsqu’il est très, très mélodramatique. Je pense que ce mec va passer sa carrière à hésiter entre être Leonard Cohen ou Elton John. Ce qui n’est pas conciliable. Et ce côté cul entre deux chaises me plaît.

Et puisque Romain parle de Jeff Buckley, on peut écouter la reprise de “Hallelujah” de Rufus Wainwright que je préfère à celle de Jeff Buckley…

 
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Publié le 21 août 2015, par dans Chanson-fétiche.

Aujourd’hui, place à un duo père-fils. Et pour une fois, ça ne parlera pas de rock… Mais une chose ne change pas, c’est Marion Ruszniewski qui a pris les photos dans un jardin extraordinaire, forcément !*

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Jean-Pierre
Je pense que je choisirais “Coin de rue” de Charles Trenet. C’est une chanson merveilleuse. C’est un truc de gamin, une chanson que j’entendais beaucoup quand j’étais jeune à la radio dans les années 1950. Cette chanson m’a toujours attendrie. La mélodie est très jolie et il y a ces paroles… “Je me souviens d’un coin de rue, aujourd’hui disparu…” Et moi, je ne me souviens plus de la suite ! Trenet a écrit tellement de belles chansons. J’ai travaillé avec l’éditeur Raoul Breton, un seigneur de la chanson française. Il a découvert Mireille et Jean Nohain, Trenet à ses tous débuts lorsqu’il se produisait en duo – Charles et Johnny… Chez lui, j’étais assistant, secrétaire et chauffeur. Un soir, où nous avions passé la soirée avec lui, à l’Elysée Matignon (boîte de nuit de l’avenue Matignon – NDA) avec Marlène Dietrich, la voiture est tombée en panne sèche en plein sur les Champs-Élysées, vers 2-3 heures du matin. J’avais oublié de refaire le plein. J’en ai entendu de belles ! Mais Marlène Dietrich est descendue de la voiture pour m’aider à la pousser. Il n’y avait pas un photographe pour immortaliser la scène… Maintenant, ce serait partout sur Facebook…

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Robin
C’est juste pas possible, cette question… S’il y a une chanson que j’aime particulièrement, c’est “Amour, Amitié” de Pierre Vassiliu, le titre parle de lui-même. Cette chanson m’a toujours touchée. Je l’ai découverte à l’époque de sa sortie, au début des années 1970. J’avais l’image de ce personnage déconneur qui chantait “Ivanohé”, “La Femme du capitaine” et toutes ces légéretés avec des rimes détournées. Et tout à coup, j’ai découvert une autre facette de Vassiliu, que j’ai aimée aussi. Dans cette chanson il y a cette histoire de lien étroit entre l’amour et l’amitié, comment ça peut se passer avant, après. Elle est très sobre, l’arrangement aussi, c’est d’une finesse… Et ça ne se démodera jamais. J’ai des dizaines d’autres chansons que j’aurais pu citer, mais c’est celle-ci qui m’est venue aujourd’hui. Je l’entends, je la réentends et je ne m’en lasse pas. Elle n’a pas vieilli. C’est une intemporelle, ce qui est le cas de toutes les bonnes chansons.

À défaut de la version originale, voici la reprise de Biolay :

*Eh oui, petit scarabée, je ne connais pas que le rock’n’roll… Je maîtrise aussi (un peu) le répertoire de Trenet (entre autres), ayant grandi au milieu de la collection de disques paternelle aussi conséquente qu’éclectique…

 
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Marion Ruszniewski à la photo, parce qu’on ne change pas une équipe qui gagne

Choisir une seule chanson. Non mais ça va pas bien. Déjà, les dix albums de l’île déserte m’angoissent, à tel point que j’ai trouvé la parade : chaque année, en janvier, depuis 1996, je me fais une compile, par ordre chronologique, des chansons qui m’ont marquée durant l’année précédente – j’ai commencé sur des cassettes de 90 minutes. Du coup, sur l’île déserte, c’est ces compiles que j’embarque.

Il y a une chanson qui, pourtant, ne figure sur aucune de ces compiles, car je l’ai connue avant de commencer à en faire. Elle a officiellement été ma chanson préférée jusqu’à ce que je n’aie plus l’âge d’avoir une chanson préférée. “Wild Horses” des Stones. La première fois que je l’ai entendue, j’ai été tellement frappée par sa beauté que j’ai rembobiné la cassette plusieurs fois dans mon walkman, en tâtonnant pour arriver pile au début de la chanson, je voulais l’écouter non-stop, pour toujours. C’était à la fin de la cinquième, les conseils de classe étaient passés alors, comme tout un chacun, je séchais les cours. Le matin, je devais faire semblant d’aller au collège et attendre que mes parents soient partis au boulot pour rentrer chez moi – les jeunes sèchent généralement les cours pour aller faire les cons avec leurs potes, mais moi, j’avais pas de potes. Ce lundi matin, il faisait beau, fin du printemps, je suis allée attendre quelques heures sur un banc, dans le parc derrière la mairie de Villeneuve-la-Garenne, avec dans mon walkman la cassette de Hot Rocks 64-71 des Stones, que mon oncle venait de me copier et que je m’apprêtais à découvrir. Pour une découverte !… Disons que j’avais pas perdu ma matinée. Si j’étais allée en cours, j’en aurais pas appris autant.

“Wild Horses” était la dernière chanson. Du soleil, des fleurs, des arbres, pas d’école, la liberté… un type qui lançait un bâton à son berger allemand… et “Wild Horses”. Je croyais avoir pris une claque un peu plus tôt avec “Jumpin’ Jack Flash”, mais là, c’était autre chose. Il se passait un truc. Que je ne comprenais pas, qui me dépassait. La beauté.
Le pire, c’est que la chanson coupait avant la fin, faute de place sur la cassette : elle s’arrêtait au début du dernier solo. Mais ça n’était pas si grave. Quand j’ai fini par acheter Sticky Fingers, plus d’un an plus tard, ça a été absolument dingue de découvrir ENFIN la fin de la chanson ! J’étais super émue. Même encore maintenant, quand je l’écoute, arrivé au début du deuxième solo, j’ai toujours le sentiment que la cassette va s’arrêter.

Ce qui est génial avec cette chanson enregistrée à Muscle Shoals, Alabama, en 1969, c’est que personne, pas même Jagger et Richards, ne sait vraiment de quoi elle parle. De Jagger et Marianne Faithfull ? De drogue ? Du fils de Keith Richards ? Dans un hors-série de Rock & Folk, des extraits des paroles de “Wild Horses” avaient été utilisés comme exergues d’un article sur la descente aux enfers, puis la mort, de Brian Jones. Pour d’autres, cette chanson évoque Gram Parsons… Ces paroles peuvent parler de ce qu’on veut. Tu es amoureuse d’un type à qui tu n’oses même pas adresser la parole ? Ton fiancé s’est tiré ? Tu as perdu un être cher ? “Wild Horses” parle de ton histoire. Susan Boyle, l’une des nombreuses personnes à l’avoir reprise, prétend que les paroles du premier couplet lui évoquent son enfance dans les quartiers ouvriers. Je ne sais pas où elle est allée chercher ça, mais cet exemple illustre bien mon propos : chacun peut interpréter “Wild Horses” de façon personnelle. Avec “Wild Horses”, on n’est plus jamais seul.

Les Stones écoutant Wild Horses

 
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Vous ne la voyez pas, mais Marion Ruszniewski est derrière l’objectif !

“Wish You Were Here” de Pink Floyd. C’est complètement cliché et en même temps, c’est ma chanson. Je peux la réécouter des milliards et des milliards de fois. C’est celle de mes treize ans. Au milieu de ce disque un peu futuriste, on trouve ce morceau folk, chanté par David Gilmour d’une voix incroyable, céleste, haut perchée, et il raconte des choses que je ne comprenais pas à treize ans.

Je redécouvre cette chanson tout le temps. Pink Floyd m’a amené à la pop, au progressif, à Yes, à Genesis, mais aussi au folk… Il y a des moments où, en étant dans l’expérimental, tu découvres le larsen et du coup, tu vas vers les Pixies et Sonic Youth, ce qui m’a entraîné par moments dans l’électro, puisque que Pink Floyd a inspiré des groupes qui eux-mêmes ont inspiré, etc. C’est là qu’arrive l’adjectif séminal.

Pink Floyd m’a donné envie d’écouter le reste de la musique. Et je continue à les écouter aujourd’hui et “Wish You Were Here”, à chaque fois, me fait le même effet, me hérisse le poil, me rend un peu nostalgique et gai à la fois. J’ai découverte cette chanson par hasard. J’avais demandé à un copain de m’enregistrer une cassette avec Dark Side Of The Moon, c’était l’époque où sortait le live de Pink Floyd à Venise. Et pour compléter la cassette, il a mis en face B Wish You Were Here. Quand on a treize ans, on veut écouter Dark Side Of The Moon parce que c’est le classique… Au début, je trouvais l’autre album différent, le son de synthé était bizarre et au final, c’est celui-là que je préfère.

 
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Publié le 24 juillet 2015, par dans Non classé.

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Photo signée Marion Ruszniewksi, who else ?

La chanson que j’emporterais un peu partout serait “Jaded” d’Aerosmith, extrait de l’album Just Push Play, sorti en 2001. Même si ce n’est pas leur meilleure, c’est LA chanson qui m’a fait entrer dans l’univers du rock. J’avais 11 ans, j’étais devant une chaîne musicale, MTV ou MCM, à l’époque où elles passaient encore des clips. Et cette chanson m’est venue en pleine face. Je vois ce gars, Steven Tyler, et hop, révélation, voire révolution. Je me suis dit que c’était trop bien, musicalement, que le clip était fabuleux.

Avant la fin de la chanson, j’ai filé dans le bureau de mon père et pris un Post-it et un crayon pour noter toutes les informations ! J’ai même noté les crédits. J’ai tout repris tel quel !
On venait d’avoir internet à la maison, mais c’était encore le vieux modem téléphonique, j’avais des créneaux horaires pour y aller, ce n’était pas illimité… J’ai quand même pu faire plein de recherches sur le groupe. Et j’ai vu qu’Aerosmith sortait un coffret sur sa première période, genre 1973 à 1982-83.

Je l’ai commandé sur Amazon, je me souviens qu’il coûtait 655 francs à l’époque. J’habitais dans un patelin paumé en Lorraine, le premier disquaire était à 65 kilomètres de chez moi. Il me fallait ce coffret pour découvrir l’univers du groupe. J’ai écouté les premiers albums et j’ai trouvé qu’ils déboîtaient encore plus que “Jaded” ! Mais cette chanson m’a introduite dans le monde du rock’n’roll… Et après, quand j’ai découvert l’œuvre du groupe, c’était plus ou moins fait pour moi.

J’ai ensuite eu la chance de rencontrer un copain de mon père qui a su que j’écoutais des trucs des années 70 et qui m’a conseillé d’écouter Radio 21, une station belge qui ne passait que du rock de tous les styles. Le dimanche matin, il y avait une émission consacrée aux classiques, ce qui m’a permis de découvrir Led Zeppelin et compagnie. Ça a fait boule de neige, je me suis aperçue qu’il y avait des influences avant et après, et j’ai plongé dans ce magma…

 
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Photo de Marion Ruszniewski. Urinoir de la Planète Mars.

Je pensais que j’allais me tourner vers une chanson de mon adolescence, ce qui n’est pas le cas du tout. J’ai choisi un titre de The Organ, un groupe de cinq jeunes filles de Vancouver. Il s’intitule “Don’t Be Angry”. C’est le dernier morceau de leur dernier EP, enfin, elles n’ont enregistré qu’un disque avant. C’est une chanson acoustique, mélancolique, et je pense que je pourrais l’écouter en boucle jusqu’à la fin de mes jours, malgré son côté triste, à cause de la voix de la chanteuse, un peu dans la veine de Morrissey, très lyrique. Les paroles – ne sois pas en colère, c’est terminé pour nous, c’est terminé pour tout le monde en fait – sont plutôt optimistes, avec un mélange des genres, et ça colle avec ce groupe qui s’est séparé juste après cette chanson.
J’aime aussi cette chanson parce que ce groupe est relativement inconnu, The Organ n’a pas eu de gros succès, le EP a été encore moins connu que l’album… J’ai l’impression que c’est MA chanson.
Je l’ai découverte dans la presse, sans doute, un peu par hasard, puis j’ai aimé l’album, je suis allé voir le groupe en concert deux fois, j’ai trouvé ça très bien. Et puis, elles se sont séparées, le EP est sorti deux ans plus tard, en 2008, je crois, et je l’ai écouté en boucle. Il est à tomber. Il n’y a que six titres, dont celui-là, qui n’est pas tout à fait dans leur style, puisqu’il est acoustique, très simple, épuré. C’est d’une tristesse et d’une mélancolie absolues et pourtant ça me rend heureux…

 
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Photo de Marion Ruszniewski, prise devant l’autel à Elvis

J’étais d’abord partie sur “The Nobodies” de Marilyn Manson, parce qu’ado, j’avais l’impression qu’il était le seul qui me parlait, mais finalement, j’ai eu la révélation au Hellfest pendant le feu d’artifice. Ils ont passé “Bohemian Rhapsody”, la chanson qui m’a accompagnée toute ma vie. Et avec 90 000 personnes qui l’ont reprise en chœur, c’était quelque chose…

Mon premier contact avec le rock s’est mal passé. J’avais 5-6 ans. On avait offert à mon père la vidéo de The Wall et ma mère ne voulait pas que je la regarde parce qu’elle trouvait ça trop trash… Mon père étant chauffeur poids lourd, il avait l’habitude de se lever à 4-5 heures du mat’, même le week-end et de regarder la télé. Et un matin, je me suis levée plus tôt et je suis tombée sur une séquence de The Wall, celle du cimetière avec les fantômes qui dansent. J’ai flippé, je n’ai pas dormi pendant un certain temps.

Et un autre dimanche, je suis aussi tombée du lit. Mon père avait enregistré à la télé le Live At Wembley de Queen. J’ai découvert Freddie Mercury et ça m’a ouvert un monde totalement différent. Il chantait “Bohemian Rhapsody” et j’ai regardé tout le concert, ébahien, mon père ronflant à côté de moi… Je me souviens d’avoir été estomaquée lorsque Queen a joué “Radio Gaga” et que tout le stade s’est mis à taper dans les mains. C’est vraiment là où j’ai eu un éveil musical. A 5-6 ans, tu aimes les chansons qu’on t’apprend à l’école ou ce que tes parents écoutent. Cette fois, je me suis approprié ce truc. Mon père a acheté un petit bouquin sur Queen, avec les paroles des chansons, dont celles de “Bohemian Rhapsody” et le premier mot que j’ai appris en anglais, c’est trigger parce qu’il m’intriguait.

À 10 ans, mon oncle m’a offert un baladeur avec une cassette, sur laquelle figurait le Live At Wembley. Quand j’allais chez ma grand-mère où on était toujours très nombreux, je m’isolais beaucoup, d’autant plus grâce à cette cassette. Je m’enfermais dans son placard, entre les patates et les boîtes de thon, pour me couper du bruit et écouter “Bohemian Rhapsody”. Je voyais dans ma tête tous les personnages d’une scène de théâtre… Freddie Mercury, c’était mon Captain Planet ! Dès que ça ne va pas, c’est la chanson que je vais réécouter et et même si les paroles sont très noires, ça me rappelle mon cocon protecteur, avec mon père, etc.

Et la version indispensable de Wayne’s World !