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Photo Marion Ruszniewski, who else ?

Il y a deux chansons qui me reviennent toujours. La première, c’est “Le Commerce de l’eau” de Dominique A, la deuxième, “Prière de parfumer” de Jean Fauque.
La chanson de Dominique A m’a accompagné pendant très longtemps, sa mélodie est très simple, c’est quelque chose de facile qui se joue sur scène avec une guitare et une basse et c’est ce qui m’a plu chez elle la première fois que je l’ai entendue. Une amie m’a envoyé un album de Dominique, que je connaissais déjà, mais je n’avais jamais accroché sur cette chanson et en fait, je me suis rendu compte qu’il s’agissait peut-être de la plus belle chanson d’amour jamais écrite. Elle parle de l’eau, de gens qui la négocient alors qu’elle n’a pas de valeur. Mais dans leur monde, elle en a une. Et c’est une chanson d’amour parce que les sujets de ce morceau sont un couple, sur une barque.

“Et la pluie se monnaie/Dans les maisons de thé/Où des colons déçus/Évoquent de vieux étés”

Ces gens observent les marchands, les boursiers autour d’eux qui spéculent sur l’eau, alors que c’est un bien dont tout le monde dispose, puisque l’eau, c’est la pluie. Et tous deux se rendent compte de l’absurdité de ce commerce-là. La seule chose importante à leurs yeux, c’est ce qu’ils sont en train de partager.
Elle m’a marqué, parce que c’est une chanson d’amour qui ne dit pas son nom. Elle passe inaperçue et c’est ce que j’aime dans la musique, qu’elle demande à ce qu’on réfléchisse, qu’on en fasse quelque chose qui nous appartient. Il peut y avoir des milliards d’interprétations à ce texte-là, c’est la mienne et c’est pour cela qu’elle me parle. Je l’écoute lorsqu’il vient de m’arriver un truc de bien. Je me suis vu sortir de belles rencontres à 4 heures du mat’ et l’écouter. Elle me fixe dans cet instant.

J’ai beaucoup hésité avec une autre chanson et du coup, s’il n’en restait qu’une, je n’embarquerais que celle-là, “Prière de parfumer” de Jean Fauque. Et avec elle, c’est totalement inexplicable. Je pense que je l’ai découverte pendant l’hiver 2008, je venais de fêter mes 20 ans, j’ai dû l’entendre chez Thierry Lecamp sur Europe 1. Enfin, j’ai découvert la voix de Jean Fauque, appris que Bashung n’était pas quelqu’un qui écrivait ses textes et j’ai eu envie de m’intéresser à ce mec, parce que j’ai toujours eu un attrait pour les petites mains, ceux qui font les choses dans l’ombre sans tirer les cordes vers eux. Jean Fauque venait de sortir un album qui s’intitulait 13 Aurores. Je l’ai écouté en entier et je me suis pris une claque. C’était le seul album qui n’était relié à personne autour de moi. Il n’appartenait qu’à moi. Il n’y avait aucune référence autour, personne qui pouvait se connecter à ce que je ressentais à ce moment-là et c’était MA musique, mon pêché mignon.

Aujourd’hui, c’est une chanson que je ne partage qu’avec les gens que j’aime vraiment, parce que je pense qu’il y a quelque chose qui m’appartient profondément dans cette musique, un bout de mon histoire. Il n’y a pas de musique plus intime pour moi que celle de Jean Fauque. C’est un moment où je me suis construit, ces morceaux ont permis de monter cet échafaudage. J’étais étudiant, un peu en dépression, je ne savais pas trop quoi faire de ma vie.

J’ai toujours gardé en tête cette espèce de dicton qui n’existe pas : pour qu’un morceau soit beau, il faut que tu puisses l’écouter seul, à 3 heures du matin à l’autre bout du monde, en te disant que tout va bien.
“Prière de parfumer” entre complètement là-dedans. Il permet d’imprimer la réalité. C’est un morceau de boudoir qui parle d’une femme dans une baignoire. J’ai un lien fort avec la voix de Jean Fauque. Elle me bouleverse. Elle m’a encore plus bouleversé quand j’ai eu l’occasion de discuter avec lui. Je trouve qu’il y a une justesse, une empathie et une humilité dans cette manière de chanter, d’écrire. Une manière d’écrire profondément drôle et désabusée qui me parle à un point incroyable. Et je pense que s’il ne devait n’en rester qu’une, même si “Le Commerce de l’eau” de Dominique A est une chanson infiniment importante pour moi, “Prière de parfumer” touche au plus juste de ce que je suis.