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Une fois encore, c’est Marion Ruszniewski qui a dégainé son gros appareil…

J’ai une passion pour les chansons de rupture. Je crois que ma préférée, celle à laquelle je reviens le plus, c’est “Going To A Town” de Rufus Wainwright. Ce n’est pas une chanson de rupture entre un homme et un homme ou un homme et une femme, mais c’est la rupture consommée entre un homme et les Etats-Unis. Il dit good-bye à l’Amérique post-11 septembre, mais c’est écrit comme une break-up song entre deux personnes. Je pense l’avoir découverte grâce au clip, à l’époque où les vidéos étaient encore un peu intéressantes. J’adore cette chanson, les arrangements sont sublimes, la voix aussi, c’est la perfection niveau songwriting et quand il la joue en concert, il se fait assez plaisir.

Pour moi, c’est un classique, l’un des derniers qu’on puisse entendre aujourd’hui, une pépite absolue qui aurait pu sortir dans les années 70. J’ai plein d’histoires particulières avec Rufus Wainwright. La première fois que je l’ai interviewé, il était malade à crever, il était hyper diva, allongé sur un canapé dans un hôtel moche des Champs-Elysée, essoré par sa journée de promo et pourtant, dès que tu commences à lui parler, tu t’aperçois qu’il n’a pas beaucoup de tabous… Chez certains artistes, tu sens qu’il y a un gros ego, qu’ils ne veulent plus entendre parler de passages de leur vie, mais lui, sa période drogues, back rooms et saunas new-yorkais ne lui pose pas de problème, il en parle aussi facilement que sa période actuelle de père de famille, marié à un music lover allemand…

Je me rappelle le premier concert où je l’ai vu. C’était il y a un milliard d’années, au Batofar, pour le premier album, sans doute. A cette époque, les gens nous cassaient tous les couilles avec Jeff Buckley et moi, j’étais déjà team Rufus Wainwright. J’aime bien Buckley, mais je voyais chez Rufus Wainwright un truc beaucoup plus flamboyant qui me parlait.

J’aime aussi son côté folle furieuse. Son dernier album est moins réussi parce qu’il a essayé de mettre ça en sourdine en travaillant avec les Dap-Kings, qui ne sont vraiment pas des Elton John. J’aime bien lorsqu’il est très, très mélodramatique. Je pense que ce mec va passer sa carrière à hésiter entre être Leonard Cohen ou Elton John. Ce qui n’est pas conciliable. Et ce côté cul entre deux chaises me plaît.

Et puisque Romain parle de Jeff Buckley, on peut écouter la reprise de “Hallelujah” de Rufus Wainwright que je préfère à celle de Jeff Buckley…