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Rich Aucoin, au premier plan, micro en main, saisi en action par Marion Ruszniewski. Allez voir ses photos des Eurocks sur son blog, elles sont superbes !

Jeudi dernier, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne, je m’en suis allée. Vois-tu, je savais qu’on m’attendait à la Gare de Lyon pour prendre le TGV, direction Belfort, son lion, ses Eurocks et quatre jours de boue et de décibels. Sur ma feuille de route, j’avais lu, incrédule, cette phrase étrange : « showcase de Rich Aucoin dans le Hall 2 de la gare ». Mon neurone, qui, comme le reste de ma personne, n’est résolument pas du matin, avait refusé de traiter l’information. Pour le neurone et moi-même, un showcase a lieu le soir. A l’heure où on peut décemment prendre un verre sans qu’on vous refile les coordonnées des Alcooliques Anonymes.

Et pourtant, là-bas, près des quais, sur un podium dressé dans le Hall 2, il était là, Rich Aucoin. En mode lapin Duracel. Bondissant. Débordant d’énergie. Tendant son micro aux curieux et à quelques journalistes à l’œil vitreux pour leur faire crier « yeeaaahhh » (alors que « yeeaaahhh », le matin, ça fait très bobo la tête). Dansant sous un immense drapeau (ou la toile d’une tente piquée à un festivalier ?) agité par une bande de complices et des spectateurs réjouis, le garçon forçait le respect. Articuler deux mots avant dix heures du matin relève du prodige chez un être normal, alors showcaser, ça tient du surhumain.

Dans le wagon de TGV réservé aux médias – pour le confort des autres voyageurs, ces bêtes-là doivent être mises à l’écart, comme des ados partant en colo – alors que le neurone se connectait lentement, Marion, ma binôme photographe m’a dit : « grffmblmmmm café ? ». Ce à quoi j’ai répondu « gniiiiiiiiiii café ». On approchait des 11 heures, nous avions retrouvé le langage articulé. D’un pas déterminé, nous nous dirigeons alors vers le bar. Et là, qui voyons-nous outre le barman et sa belle collection de sandwiches plastifiés vendus au prix du caviar safrané saupoudré de cocaïne pure ? Oui, Rich Aucoin. Perché sur une table du bar, micro en main, en train d’électriser la foule venue se jeter un petit noir.

Café en main, Marion et moi avons regagné nos places. L’espace d’un instant, j’ai envisagé la pause-pipi, mais je me suis ravisée. Qui sait ? Si jamais, alors que j’étais paisiblement installée là, Rich Aucoin jaillissait de dessous le lavabo et me tendait un rouleau en m’enjoignant de crier avec lui « Moltoneeeeellllllll » ? Bref, j’ai préféré ne pas faire courir ce risque à ma pudeur naturelle. Et puis, soudain, Marion s’est penchée vers moi et m’a glissé cette phrase inoubliable : « Sérieux, Rich Aucoin est sous notre siège. » Alors que d’une main, je composais le numéro des urgences psychiatriques, j’ai tenu à jeter un œil sous la banquette. Et oui, sérieux, il était là. Allongé par terre, le nez sur son iBook, en train de sampler le jingle de la SNCF, comme un môme planqué sous la table de la salle à manger pendant le déjeuner familial du dimanche. Même qu’on a eu du mal à l’en tirer au moment de descendre à Belfort, trois minutes d’arrêt.

Et une fois sur place, qu’a-t-il fait en attendant son concert du samedi soir, Rich ? Il s’est tapé l’incruste au camping et a offert aux festivaliers en train de dresser leur Quechua (non, ce n’est pas sexuel) un show improvisé. En revanche, on l’attend toujours à l’Ibis où il ne s’est même pas donné la peine de jaillir de la corbeille de croissants à l’heure du petit déj, tel l’ami Ricoré de la génération électro…