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Publié le 3 juin 2013, par dans groupe fétiche.

YYY à l'Olympia

Si je me fie aux archivistes d’internet, j’ai croisé la route des Yeah Yeah Yeahs pour la première fois en avril 2002. Le trio commençait à faire parler de lui à New York et d’autres New Yorkais plus-cool-qu’eux-tu-peux-pas-même-avec-des-cours-intensifs (le Blues Explosion) l’avait embarqué dans ses bagages pour sa tournée en Europe. La machine à remonter le temps n’étant pas encore au point, vous devrez me faire confiance quand je vous dis que cette double affiche était juste énorme. Rien que voir débouler Karen O sur scène – dans sa période mini-short, collants résilles et Converses pourries dont Kurt Cobain n’aurait pas voulu – était déjà un choc visuel. Suivi d’un choc sonore. Le groupe n’avait sorti qu’un EP, même pas disponible en France Et pourtant, le cocktail garage-punk-arty-fracassé est passé tout seul. On en aurait bien redemandé…

Après le concert, Jon Spencer m’a entraînée dans les loges du Trabendo et présentée à Karen O – qui, comme toutes les bêtes de scène, est une grande timide dès qu’elle lâche son micro — d’où un beau dialogue de lapins pris entre les phares. (Je suis une grande timide si je n’ai pas 1) bu une verre. Ou trois. 2) des questions à poser). Dans mon souvenir, nous avons échangé des propos éclairés et devisé sur l’avenir du rock’n’roll, la scène new-yorkaise et les difficultés d’un jeune groupe s’apprêtant à être bouffé tout cru par la hype. Ce qui a donné quelque chose du genre : euh, mmmm, cool, merci, waow, yeah, thank you, noooo thank you.

Depuis, les Yeah Yeah Yeahs ont enregistré quatre albums (dont un seul bof-bof sur les bords). Tourné des vidéos mémorables (des gamins psychopathes de « Y Control » à la scène de lynchage de « Sacrilege », en passant par le simplement jubilatoire fun « Zeo » bourré de clichés rock comme on les aime). Et donné des concerts irrésistibles. Mais bizarrement, passé le buzz des débuts, l’engouement est retombé. En 2009, It’s Blitz s’est mangé une volée de bois vert (aaahhhh quoi, horreur ! Ils osent sortir des morceaux dansants ! c’était mieux avant !). Il avait beau s’ouvrir sur quatre putains de tubes dont on ne s’est pas encore lassée, l’album a froissé la sensibilité des fans de la première heure qui n’ont pas pardonné aux Yeah Yeah Yeahs d’évoluer. Ce qui était prévisible depuis le début, pourtant.

Mosquito, son successeur, divise encore alors que sa pochette, avec ses couleurs fluo et son bébé moche, pire que les mioches d’Evian, fait l’unanimité contre. Pas entièrement convaincue par certains morceaux – mais c’était difficile de passer après un de mes albums fétiches – je suis allée à l’Olympia le 8 mai, voir si le miracle opérait toujours sur scène.

Et ? Oui. Pas l’ombre d’un doute là-dessus. L’apparition de Karen O provoque toujours l’effet d’un électrochoc. Elle ne mise pas sur le côté sex-symbol pour coller une salle à ses pieds. Pas besoin de ça. Elle a du charisme par pelletée, une énergie d’hyperactive, un culot monstre et une envie de repousser les limites sans tomber dans la provoc’ simplette. Elle bouge comme un animal en cage, avale son micro comme la petite sœur de Lux Interior, se gargarise et crache des geysers de flotte avant de se jeter au sol, un genou en terre… Fille bâtarde d’Iggy Pop et de Debbie Harry (dont elle a hérité du côté « m’en cogne de mon physique, je fais ce que je veux, au final, vous me boufferez quand même dans la main »), elle appartient à cette catégorie rare des vraies bêtes de scène qui s’abandonnent dès le premier riff.Et nous emrbarque au passage.