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Quoi écouter quand… t’as une telle gueule de bois que tu ne reconnais pas le type dans ton miroir ?

3 juin 2020 by Isabelle Chelley

Illustration et idée de rubrique de Benjamin Peurey

Le principe de cette rubrique est simple : Benjamin m’envoie un dessin et je dois illustrer à mon tour la situation par un album ou un morceau… Jusqu’ici, tout allait bien.  

À QUOI TU PENSAIS CE JOUR-LÀ, BEN ? Tu sais bien que des albums sur le fait de boire et déboires, il en existe assez pour faire crouler sous le vinyle des mètres linéaires d’étagères Ikaa. Mais tu me connais… Tel le pit-bull accroché au fessier d’un facteur imprudent, je ne lâche jamais l’affaire.

Alors petit scarabée, tu es sorti jusqu’à pas d’heure, rentré en zigzaguant et après un quart d’heure à mettre cette saleté de clé dans cette putain de serrure qui fait rien qu’à bouger, tu es allé se coucher tout habillé.

Ce matin, alors qu’en posant le pied par terre, tu as constaté que les Tambours du Bronx et ceux du Burundi tapaient le bœuf sous ton crâne, tu t’es traîné jusqu’à la salle de bain. Où tu as découvert face à toi le bâtard de Dracula et de Shane McGowan des Pogues en moins frais, teint verdâtre, épiderme suintant, cheveux sentant le cendrier mort. Avant d’adopter le look Daft Punk (le port du casque est déconseillé lorsqu’on en porte déjà un, pointe à l’envers), bois un café ou mâche une capsule, si c’est trop compliqué, et pose-toi les vraies questions. Non, pas “Pourquoi je me suis foutu dans un tel état ?”, mais quoi écouter quand… t’as une telle gueule de bois que tu ne reconnais pas le type dans ton miroir ?

On commence par l’incarnation de l’alcoolisme mondain, Frank Sinatra himself. “One For My Baby/One More For The Road”, c’est quoi, sinon un superbe pousse au crime, un hymne à la noyade du chagrin dans l’alcool fort ? Sur le même thème, on suggère l’écoute de “Drinking Again” – la thérapie de couple n’existait pas à l’époque ou bien ? Quant à Sinatra avec le Rat Pack, c’est open bar. Cette brochette d’élégants pochtrons ont chanté le fait de boire, tout en buvant sur scène quand ils n’y montaient pas sévèrement imbibés. Sans picole, les aurait-on appelés Les Gars Propres Sur Eux Qui N’ont Pas L’Air de Faire des Miettes (ce qui en jette moins) ? N’empêche que le jour d’après, ils ressemblaient forcément plus à Licence IV (interprètes du douloureux “Viens boire un p’tit coup à la maison”) qu’à une publicité vivante pour le port du tuxedo en toutes circonstances.

Parler d’alcool et ne pas mentionner Lee Hazlewood serait une faute professionnelle équivalente à oublier Jul d’une étude sur les victimes d’amusie (anomalie cérébrale empêchant de percevoir la musique ou de donner un sens à la mélodie, au rythme, etc.). Ainsi, le fringuant moustachu a raconté l’histoire d’une beauté mystérieuse lui servant du “Summer Wine” pour mieux le dépouiller alors qu’il cuve. Si dans la vraie vie, on a assez peu d’indulgence pour ce comportement, on reconnaît qu’ici, le résultat est plus troublant que ce qu’on a vécu le soir où un salopard nous a fait le coup (Mec, je sais qui tu es. Tu tiens à tes rotules ?). Ce cher Lee a également signé “After Six”, plus belle chanson sur le thème du pilier de bistro qui déballe sa vie miteuse à un barman stoïque. On imagine la scène dans le décor de Nighthawks d’Hopper (plus poétique que le Jackson Pollock du lendemain, exécuté par un moustachu moins fringuant).

Et comme lever le coude n’a jamais été réservé à la gent masculine, terminons avec la plus choucroutée et tatouée d’entre tous, la bien nommée Amy Winehouse. Si les artistes cités plus haut ont plutôt composé des chansons contribuant à la TTGGDB (ou Très Très Grosse Gueule De Bois), elle a défoncé les charts avec “Rehab” où elle expliquait avec persuasion que non, non, non, elle n’irait pas en désintox. Efficace, oui. Et rétrospectivement poignant. Je lui préfère encore “You Know That I’m No Good” dans la catégorie dégoût de soi post-cuite, chanté avec tant d’âme qu’on en pleure dans son verre en l’écoutant (faites gaffe, ça dilue l’alcool).

Comme j’ai bien appris à séparer l’artiste de l’homme, uniquement si j’aime son œuvre, je balance en bonus “Man In The Mirror” de Michael Jackson. Ok, ça ne parle pas d’alcool, mais quand il dit, Je commence par l’homme dans le miroir, je lui demande de changer ses habitudes, j’ai toujours envie de brailler, SERMENT D’IVROGNE. On l’a tous juré à l’individu dans le miroir le matin où on ne le reconnaissait pas et on a remis ça le week-end suivant.

Allez, petit scarabée, dès que les Tambours du Bronx-Burundi auront cessé leur jam, mets un de ces disques et cuve en musique jusqu’à la prochaine… Merci qui ?


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