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Quoi écouter quand… Tu te fais plaquer lâchement

27 mai 2020 by Isabelle Chelley

Illustration et idée de rubrique de Benjamin Peurey

Il n’y a pas eu de signes avant-coureurs. Pas de “Il Faut qu’on parle”, équivalent verbal en termes d’angoisse de l’apparition au pied du lit en pleine nuit d’un type cagoulé, armé d’une tronçonneuse et fredonnant du Maître Gims. Tout allait donc bien, jusqu’à ce coup de fil vous apprenant que vous êtes largué, telle la proverbiale vieille chaussette.

Le cœur en miettes, l’ego piétiné (à ne pas confondre avec le Lego piétiné, également source de grande douleur), le moral dans les chaussettes (larguées, comme vous), vous n’avez plus envie de rien. Sauf de vous rouler en boule en pleurant sur votre sort avant de trouver la force de vous confier à tout ami/copain/vague pote muni d’oreilles et capable de hocher la tête avec conviction quand vous revenez sur la conclusion tragique de votre histoire pour la quinzième fois en deux pintes.

Avant de recevoir un Boulet de Platine pour votre interprétation marquante du type plaqué, de voir les derniers potes (ceux qui ne sont pas las de hocher la tête avec conviction) apporter des mouchoirs plutôt qu’un pack de bières à l’apéro, posez-vous la bonne question… Quoi écouter quand… tu te fais plaquer lâchement ?

Une diablesse, bien sûr. Brune à guitare, un combo maléfique. En l’occurrence, Wanda Jackson. Et Heart Trouble, album de 2003 avec une liste d’invités qu’on aimerait à son anniversaire (Elvis Costello, Cramps, Dave Alvin, etc.), des standards du rockab’ dépoussiérés et une poignée de nouveautés pouvant passer pour des classiques perdus en route…

Précisons d’abord que Wanda Jackson n’a rien à voir avec le Samuel L. homonyme. Ni le clan qui nous a donné la plus fameuse victime de chirurgie inesthétique. Avant d’avoir l’air de cette délicieuse tenancière de maison close de western déguisée en dame respectable sur la pochette de Heart Trouble, Wanda a été une pionnière du rockabilly, jouant de la guitare en talons aiguilles et brushing de Marge Simpson à la tête de son propre groupe à une époque où sa place était plus logiquement à faire les chœurs avant de retourner à la cuisine.

Dans les années 1960, en tournée avec Elvis – Presley, pas Costello. FAUT SUIVRE – la rockabilly queen aurait succombé aux charmes du king of rock’n’roll. L’a-t-elle plaqué lâchement ? L’histoire ne le précise pas, mais c’est peut-être à la suite de ce chagrin d’amour qu’Elvis a entrepris d’enrober son cœur de graisse pour ne plus se le faire piétiner…

Et sur Heart Trouble, bien qu’ayant passé l’âge d’être queen de quoi que ce soit contenant le mot rock, si ce n’est rocking-chair, Wanda déménage. Quand elle croise la manche avec une autre diablesse à guitare, rousse cette fois – Poison Ivy des Cramps – sur “Funnel Of Love », c’est une plongée dans la tente de la femme-serpent/pole-danseuse de la fête foraine de Freakstown sous champis hallucinogènes.

Mais l’écouter chanter les peines de cœur, de cette voix unique, évoquant plus une adorable Muppet qu’une sirène, est immédiatement réconfortant. Surtout sur la chanson-titre, lorsqu’elle raconte à un futur ex (aussi nul que votre ex à vous, c’est sûr) ce qui lui arrivera lorsqu’ils ne seront plus ensemble, par sa faute à lui… Si ce n’est pas un peu jubilatoire, on n’y comprend rien. Allez pleurer ensuite un coup sur sa reprise tout en slide de “Crying Time” avec Elvis – Costello, pas Presley. ON VOUS A DIT DE SUIVRE. Mettez-la sur repeat. A force, vos canaux lacrymaux devraient s’assécher.

Dans les commentaires, j’en entends déjà chouiner que si je n’avais pas été si snob, j’aurais choisi « It’s A Heartache » de Bonnie Tyler. J’aurais pu. Comme préférer les claquettes-chaussettes aux Converse. Et si l’espace d’un instant, l’idée m’a effleuré, Google a aussitôt fait remonter à ma mémoire cette reprise de 2003 (rebaptisée “Si tout s’arrête” et oui, fallait arrêter mais avant d’enregistrer) avec une certaine Kareen Antonn dont j’avais oublié l’existence…

Alors si le réconfort n’est pas venu de Wanda Jackson, qui sait… ce duo au kitsch avoisinant celui d’une assiette baromètre décorative vendue au Bazar de la Poste en bord de mer pourra vous redonner le sourire. Merci qui ?


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